21 octobre 2021
Archives Critiques

Fenêtre Secrète : Critique

On entre dans "Fenêtre Secrète", comme dans de bonnes vieilles pantoufles molletonnées, un peu usagées mais toujours agréables à porter. On n'est pas mécontent d'être là mais on n'attend pas grand chose non plus. Il faut dire que "Fenêtre Secrète" est la quarante-deuxième adaptation d'un roman ou d'une nouvelle de Stephen King et que forcément on y retrouve quelques-uns des ingrédients qui ont fait le succès de l'auteur américain le plus courtisé d'Hollywood. Soit par ordre d'apparition : une maison isolée loin de l'agitation urbaine et de laquelle personne ne vous entend ("Shining"), même pas le shérif local trop occupé à terminer son canevas ; un écrivain en crise (d'ordre conjugale ici) à la recherche de repos et d'un nouveau souffle ; et de dangereuses forces étrangères tendant à s'immiscer dans le processus créatif. On se dit même à la vue de John Turturro, mystérieux homme en noir tout droit sorti d'une obscure secte du Mississippi, qu'il ferait un excellent successeur à Kathy Bates (la fan de "Misery") dans le rôle de fouteur de jetons.

Tout cela a donc un indéniable petit goût de déjà-vu. Mais c'est sans compter Johnny Depp auquel il faudra bientôt décerner le titre de sauveteur officiel d'entreprises hasardeuses et de naufrages annoncés (une énième adaptation du maître de l'angoisse ici, la transposition sur grand écran d'une animation des parcs Disney l'an dernier). Peignoir fatigué sur tignasse des matins difficiles, il est plus que convaincant dans ce nouveau rôle d'écrivain largué et hanté par ses souvenirs, reconquérant éconduit d'une épouse pourtant fade, plagiaire à ses heures et franc couard (qui dans un chalet perdu dans les bois ne le serait pas ?). Séduit par son personnage, on ne se sent pas moins en terrain connu.

On se laisserait presque bercer par l'alternance - systématique mais efficace - des scènes de jour où notre auteur en péril alerte son entourage des dangers qu'il encourt et des scènes nocturnes inéluctables et délicieusement redoutées au cours desquelles sévit le simili quaker vindicatif. La machine ronronne paisiblement, ponctuée de quelques coups d'éclats, jusqu'à l'exercice d'introspection final, schizophrénique, brillant… et inattendu même si y réapparaît le thème - cher au King - des affres et turpitudes de la création littéraire. "Fenêtre Secrète" ne s'ouvre finalement donc sur rien de nouveau. Toutefois, vous connaissez aussi bien que moi le vieil adage : "c'est dans les vieilles marmites…"

Auteur :Jean-François Paré
Tous nos contenus sur "Fenêtre Secrète" Toutes les critiques de "Jean-François Paré"

ça peut vous interesser

Waiting For The Barbarians : Le calme avant la tempête

Rédaction

Deauville 2019 : Hommage à Johnny Depp

Rédaction

Sortie DVD : Gloria Bell avec Julianne Moore

Rédaction