23 octobre 2020
Critiques

Filles de Joie : Tristesse et haine

Par Alexa Bouhelier Ruelle

"Filles de Joie" est un titre très trompeur. Car ces trois femmes ne transpirent pas la légèreté et le bonheur. Axelle, Dominique et Conso habitent à Bruxelles, dans une cité HLM pour deux d’entre elles, et dans un pavillon pour la plus âgée.

Les trois personnages principaux du film incarnent le combat de centaines de femmes pour apporter de quoi manger sur la table à leurs enfants, et parfois à leur mari. En réalité, ces femmes se prostituent dans une sorte de demeure bourgeoise aménagée avec bar et chambres privées. Le tout tenu par une patronne, pas méchante, mais pas très empathique. Les filles s’habillent dans des tenues affriolantes et s’adonnent au plus vieux métier du monde dans une bonne humeur qui laisse perplexe, comme si le fait de donner son corps contre de l’argent et de réduire leur personnalité à des attitudes provocantes les satisfaisaient. On devine bien que, derrière cette apparence joyeuse, se cache une détresse sexuelle, sociale et psychologique plus que terrible.

Une histoire vraie

Les deux cinéastes confient que ce récit est né de la rencontre avec des femmes. Des histoires vraies, au point que les trois actrices principales se sont elles-mêmes rendues dans un bordel, pour mieux appréhender la réalité tragique des femmes qui se prostituent.

Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne font la démonstration, une nouvelle fois, de leur grand talent de comédiennes. Pour ainsi dire, leur présence crève l’écran. Elles habitent la démesure de leurs personnages, et rendent crédible un récit qui aurait pu succomber au mélodrame absolu. Sara Forestier est peut-être plus attendue dans ce type de prestation. Alors que n’est pas du tout le cas pour Noémie Lvovsky qui joue cette "Maman", tout autant désespérée que combative. Pour sa part, Annabelle Lengronne endosse le rôle d’une jeune femme facile, avec aisance et vraisemblance.

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Réalisme avant tout

Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich se positionnent bel et bien sûr la légalisation de la prostitution, telle qu’elle existe dans bien des pays européens, en mettant en scène ce bordel où les hommes viennent prouver leur masculinité à travers toutes sortes de fétichismes. En ce sens, "Filles de Joie" apparaît comme un film politiquement marqué, qui tente de dénoncer l’esclavagisme moderne de femmes de tous âges.

En passant par des dialogues d’une crudité extrême et des scènes de sexe poussées à leur extrémité, les cinéastes veulent révolter, provoquer, pour que leur combat soit entendu. Ils deviennent les avocats de la condition sociale des femmes et choisissent un portrait réaliste, un ancrage dans la réalité pour que le spectateur soit convaincu du scandale qui se joue devant ses yeux.

Tout ce travail, appuyé à l’image par la jeune chef opératrice Juliette Van Dormael, capte la vérité de ce quotidien fait de drames et de bonheur, les moments de partage, les fous rires, les conflits, la vie dans ce qu’elle a de plus organique au fond...


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