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Final Cut : Critique n° 1

Il était une fois un monde où une invention au nom d'enfant séparait les hommes, soulageant le deuil des uns, exacerbant les positions religieuses des autres. Il était une fois un monde où dès la naissance de son enfant, on planifiait déjà  ses souvenirs d' « après-mort ». Il était une fois un homme à la fois psychologue mais aussi torturé ; froid, mais aussi confident ; monteur, mais aussi artiste ; Dieu, mais également ver de terre. Il était une fois une ville intemporelle où seuls les romans -livres et vidéos- semblent la parade à la grisaille ambiante.

Les écrans 16/9ème remplacent les épitaphes sur les stèles, la voix du prêtre est supplantée par les images portées par des pianos mélancoliques. Les erreurs passées sont mises à la corbeille (celle de l'ordinateur), on se revoit aux travers des yeux défunts et la nostalgie égocentrique fait que l'on remercierait presque pour ce spectacle.  

Bienvenue dans le monde de Alan Hakman, bienvenue dans un monument d'anticipation. Jamais le sujet du deuil -et de la Mort elle-même- dans la société futuriste n'avait été aussi justement traité depuis « Soleil Vert (1973)». A la fois misanthrope et humaniste, le film redéfini le genre oublié de « cinéma d'anticipation » plus intimiste et à la vocation première d'approfondir son propos : ici, le privé ou familial devient public et partagé, le symbolisme prend le pas sur la technologie et le film prend son envol, bien au-delà des pseudo fables futuristes qu'il nous a été donné de voir durant ces précédentes années (je ne citerai aucun « Matrix » en particulier).  

Robin Williams nous démontre encore une fois les troubles engendrés par les souvenirs des autres, après « photo obsession (2002) ». Il se débarrasse une fois de plus de sa panoplie de clown pour -non plus nous effrayer, mais- nous stupéfier par la résignation de son personnage. Performance parfaite de l'acteur, qui rajoute une corde de plus à son arc. Jim Caviezel, autrefois Jésus (« La passion du Christ (2004) »), se positionne ici en mauvaise conscience torturant Alan via l' « autre coté de la barrière », un monsieur « tout le monde » posant les bonnes questions aux bons moments ; un personnage totalement maîtrisé par l'acteur. Reste Mira Sorvino qui nous avait habitué à des rôles plus composés, traçant ici le portrait d'une libraire, principal intérêt émotionnel de Alan, qui ne se détachera que lors d'une scène dramatique néanmoins forte.  

C'est le premier film du jordanien Omar Naïm, qui rentre de ce fait dans le circuit hollywoodien après que son film ait été primé au dernier film de Deauville (prix du scénario). Probable consécration à venir, étant donné la qualité des scènes dramatiques ; de photographie étudiée et aux plans rarement fixes, l'ensemble n'est jamais figé malgré la prédominance et l'importance des dialogues. On notera aussi les flash backs filmés en vue subjective et jamais saturés de gris comme le suggère la « coutume ». On pourra reprocher cependant au réalisateur un manque certain de position vis-à-vis de certains thèmes abordés (les violences conjugales, entre autres), mais ce ne seraient que broutilles face au travail apporté sur la psychologie des personnages.  

Encore une fois, on plonge sans regrets dans une partie du cerveau humain (souvenez-vous… « Eternal sunshine of the spotless mind (2004)», ou même “ Mémoires suspectes (1996)”), ce qui porte à constater que la mémoire restera un thème essentiel de la « science-fiction » ( ?) sur grand écran, et ce pour de longues années à venir.  

Reste une question à se poser en fin de séance : Vous feriez-vous poser un implant ZOE ?
Auteur :Julien Leconte
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