23 octobre 2021
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Flight Plan : Peu crédible

Où est passée Julia, la fille de Kyle Pratt (jouée par Jodie Foster) ? Elle a disparu ? Oui mais comment ? Car, elle se trouvait là, il y a quelques minutes, à côté de sa mère assoupie. Elle doit être dans cet avion. Elle n'a pas pu s'échapper de l'engin qui survole l'Atlantique à plus de 11 000 mètres d'altitude et qui relie Berlin à New York. Voici la situation kafkaïenne que doit affronter le spectateur.

Casse-tête aussi efficace que celui conçut par les maîtres du policier (en tête Gaston Leroux et "Le Mystère de La Chambre Jaune"), "Flight Plan", il faut le dire, développe une idée extrêmement intéressante. Au fil des premières minutes, le réalisateur Robert Schwentke exploite le canevas du huis-clos aérien pour construire un objet plus complexe et surtout plus délicat. On rejoint même l'intrigue de "Keane", le récent film de Lodge Kerrigan. Jodie Foster a-t-elle vraiment une fille ? Si oui, pourquoi ne retrouve-ton aucune trace d'elle ? L'idée est aussi brillante qu'elle est difficile à tenir pendant 90 minutes. Comment construire un scénario centré sur la perte d'un enfant alors que la fugue ou l'égarement semble impossible ? En changeant de sujet, pardi.

67ème minute. Patatras ! Tout fiche le camp. "Flight Plan" entame une descente en piqué et ne parviendra jamais à redresser sa trajectoire jusqu'au… crash final, véritable décharge de tout ce que Hollywood peut faire de nauséabond. Au programme donc : retournements de situations absurdes, personnages « taupes » à en faire pâlir les scénaristes de la série "24 Heures Chrono", plans convenus, héros avançant vers la caméra et sortant des fumées d'un atterrissage forcé, etc.

Avant tout cela donc, Jodie Foster incarnait toute la malice de ce film, tantôt affolée, tantôt résignée. On pense à son interprétation d'une mère de famille dans "Panic Room", l'un de ses plus beaux rôles. Chez David Fincher, elle faisait face aux pires adversités, seule avec sa fille sous le bras. Dans "Flight Plan", elle dégage la même énergie et la même fragilité. Son personnage a perdu son mari dès le début du film. Conséquence : un traumatisme qui aurait pu la rendre folle. « Qui aurait pu » car c'est une des pistes qui s'ouvrait à Robert Schwentke.

Faute de courage (il en fallait pour tenir tête aux producteurs et ne pas réaliser un film sur le terrorisme et la catastrophe aérienne) ou de talent (il en fallait pour marcher sur la corde raide et parler d'une disparition en soulignant que celle-ci est impossible), "Flight Plan" se crashe lamentablement. Avant donc, la caméra tournait lentement dans le cockpit de l'avion et chaque spectateur pouvait soupçonner chaque voyageur d'avoir enlevé la petite fille de Jodie Foster, en particulier cet homme aux allures de terroriste islamiste.

Si vous décidez donc d'aller voir "Flight Plan" (ne serait-ce que pour Jodie Foster), quittez la salle avant la 67ème minute ! Vous y gagnerez, sans aucun doute...

Auteur :Matthieu Deprieck Tous nos contenus sur "Flight Plan" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"

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