21 octobre 2019
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Fragile(s) : Critique n° 1

Tout le monde a dû éprouver au moins une fois ie la sensation bizarre d'être à côté de la vie, ces instants où l'on se sent seul au coeur du monde, où l'on n'y arrive pas. Ce n'est pas la catastrophe non plus, mais on est un peu perdu. En 2004, dans son premier film, « Les Amateurs », Martin Valente montrait Lorànt Deutsch et Jalil Lespert se démenant pour comprendre les filles... Avec ce deuxième long-métrage, plus introspectif et dans un style très différent, le réalisateur nous entraîne sur le chemin de la sensibilité. Il signe un beau « petit » film émouvant (comme on dit…).
 
« Fragile(s) » évoque la difficulté de la vie au travers de personnages qui, à tous les égards, semblent n'avoir rien en commun. Mais s'ils s'opposent de par leur caractère, leur âge ou leur sexe, tous se ressemblent sur un point : ils se trouvent dans un état de fragilité. Celui de gens qui ne peuvent pas faire face à ce que la société demande. C'est parfois des petits riens ou des choses banales ou au contraire des événements plus graves.

« Fragile(s) » est ainsi un film dit choral autour de personnages fébriles. Parmi eux, après avoir interprété la jeune femme qui fait tourner la tête de Jalil Lespert dans « Les Amateurs », la très jolie Sara Martins incarne l'un des six personnages de la galerie de "Fragile(s)". Maître nageur renvoyé pour une erreur d'inattention, Sara Martins/Sara se retrouve au chômage. Manquant de confiance en elle, elle est une suiveuse. (à noter que Martin Valente a eu l'intelligence de faire tourner une comédienne noire, sans que cette qualité présente un quelconque intérêt pour le film ou le rôle. Si Sara avait été blonde aux yeux bleus c'était pareil : une vraie réussite dans le cinéma et d'une manière générale dans notre société). Elle croisera François Berléand/Paul, un cinéaste dont le dernier film est un échec. Ce dernier est marié à Caroline Cellier/Hélène, qui n'assume pas son rôle de grand-mère. Il y a encore le personnage joué par Jean-Pierre Darroussin/Yves, pharmacien volontairement esseulé, qui est poursuivi par un chien semblant s'être attaché à lui. Il aidera malgré lui Marie Gillain/Nina, une chanteuse de rock Junkie, qui essaye de faire revivre sa carrière et sa vie de mère. Enfin, Jacques Gamblin/Vince se rend lui, tous les jours au chevet de sa femme qui est dans un coma depuis des mois.
 
Les acteurs sont parfaitement à leur place, bien dans leur rôle à la lumière de François Berléand, adorable sans aucun cynisme (et on se réjouit que l'on fasse jouer autre chose à cet acteur que le bougon, méchant, cynique mais si il fait ça très bien) Jacques Gamblin, ou encore Caroline Cellier que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Ils sont tous impeccables. Leurs personnages vont tenter, souvent benoîtement, maladroitement, d'aider l'autre. "Fragile(s)" évoque ainsi aussi subtilement l'influence que peut avoir une rencontre dans une vie, aussi anecdotique soit elle, l'aide qu'elle peut être, parfois malgré soit, et alors même parfois quand on pense que les mots prononcés l'ont été en vain. Cette aide n'est d'ailleurs pas que psychologique mais aussi physique ! Fragile(s) est une histoire de chutes à tout point de vue. Si le film est touchant, il est aussi drôle. Plusieurs scènes font largement sourire, et les dialogues ne sont pas dénués d'humour.
 
Ensuite, Fragile(s) présente un cadre intéressant. Il se déroule en effet dans trois lieux différents : à Paris, en province et mais peut être surtout à Lisbonne. Cette ville offre au film des tableaux, une atmosphère, une lumière. Lisbonne est une ville pour le cinéma. Pour Martin Valente, c'est aussi une ville de son enfance, un retour aux sources, ce dernier étant d'origine portugaise. Mais peut être que la force de Fragile(s), c'est sa musique. Elle a joué un rôle important dans la conception du film et cela se ressent. La musique donne une vraie couleur, une vraie ambiance, une harmonie. Elle fait le lien entre les différents personnages. Grâce à elle, dès les premières minutes, le spectateur est dans le film. La B.O. est géniale, enfin moi, j'ai adoré. Composés à la fois de morceaux connus et de créations musicale originale, signées Denis Mériaux, elle devrait en enchanter plus d'un.
 
Enfin, Fragile(s) possède un scénario et une construction intéressants, même si l'histoire devient plus classique et lisible aux deux tiers. Certes, certaines choses sont un peu déjà vues peut être… (et puis non, c'est si joliment raconté !) Le film reste toujours aussi plaisant à suivre. Fragile(s) est un joli film, sympathique, sans prétention. Il raconte des belles histoires, sans niaiseries. S'il ne révolutionne pas, il a son originalité, son univers. Il possède suffisamment de qualités permettant de passer un bon moment. Il suffit juste de s'asseoir dans la salle et de se laisser porter.
Auteur :Magali Contrafatto
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