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France Boutique : Cruelle déception !

Tonie Marshall nous avait enchantés avec le très frais "Vénus Beauté" dans lequel elle avait su nous faire pénétrer dans l'intimité d'un institut de beauté grâce à un regard à la fois sensible et subtilement perspicace.

Elle nous revient avec "France Boutique", un film sur le téléachat : ce concept d'émissions télévisées de shopping avait de quoi donner lieu à un grand moment d'anthologie avec ses produits qui facilitent la vie, tous plus sublimes les uns que les autres...

Le tout avec ses présentateurs kitsch à souhait, vantant avec le plus grand sérieux le plaisir procuré par ces produits qu'ils testent en direct, débitant avec un immense sourire leur argumentaire de vente coulé dans un moule qui ravit la ménagère de plus de 50 ans et fait doucement rigoler les consommateurs avertis…

Mais il n'en est rien car "France Boutique" n'a ni la fraîcheur ni l'humour léger de « Vénus Beauté ». A part quelques moments croustillants qui fonctionnent parce qu'ils sont fondés sur le ridicule des émissions de téléachat (on prend le consommateur pour un débile béat devant sa TV), l'ensemble reste bien fadasse, pour employer un adjectif qui fait partie du vocabulaire d'Estelle, l'une des présentatrices de ce téléachat, blondasse sexy qui kiffe sur les mots en « -asse » comme « tasse » !!! 

En fait, le film ne décolle jamais car Tonie Marshall se disperse : au lieu d'être l'essence du film, le téléachat n'est qu'un prétexte pour évoquer d'autres sujets : la crise de la quarantaine que connaissent France et Olivier, le couple de présentateurs vedettes à l'origine de l'émission, avec son lot de remises en questions, d'envies de connaître autre chose, de lassitudes, de déviances.

La soirée que France passe dans un hôtel à se bourrer la gueule et à se payer des hommes à la chaîne et la faiblesse d'Olivier pour la jolie styliste qui se révèle être une sado-masochiste en puissance sont trop clichés pour être crédibles.

Ajoutons à cela des stéréotypes grossiers sur les homos, sur les blondes, sur les relations conjugales… On en oublie le téléachat qui ne réapparaît qu'à la fin pour ce qui doit être le direct du siècle.

Le film se clôt sur le happy-end archi-classique : les ventes décollent grâce à France qui a réussi in extremis à sauver l'émission du piège tendu par une compagnie de ventes qui rêvait de leur piquer leur temps d'antenne.

Résultat : tout le monde est content, tout le monde fait la fête, ce soir, c'est soirée cotillons pour toute l'équipe ! Avouez qu'on a fait plus original comme scénario !

Cette lourdeur scénaristique empêche les comédiens de défendre le film : certes, François Cluzet et Karin Viard ne sont pas mauvais dans le rôle de ce couple victime de la crise conjugale de la quarantaine, mais leur prestation souffre du manque de finesse des scènes qu'ils ont à jouer. Judith Godrèche fait sourire en blondasse nunuche sexy mais on l'a connue plus inspirée (« Parlez-moi d'amour » de Sophie Marceau).

Quant à Nathalie Baye, son rôle clin d'œil tombe un peu comme un cheveu sur la soupe : Tonie Marshall a juste voulu se faire plaisir en confiant à une comédienne qu'elle admire un personnage à l'opposé de celui qu'elle tenait dans "Vénus Beauté". 

On attendait un regard acide, une observation ciselée aussi subtile que drôle des relations humaines en lien direct avec le téléachat… Au final, c'est une cruelle déception. Le téléachat, sujet qui se prêtait pourtant à une comédie des plus savoureuses, est délayé dans une accumulation de stéréotypes.

Peut-être pourrait-on proposer de diffuser "France Boutique" lors de réunions-tupperwares pour pseudo-intellectualiser ces rendez-vous ménagers ?

Auteur :Nathalie Debavelaere
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