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France Boutique : Inégal

Tonie Marshall a voulu, semble-t-il, avec "France Boutique", donner un angle d'approche peu commun à une des thématiques fondatrices du cinéma français : la crise du couple. Ici les questionnements sur la vie, sur l'état des sentiments d'un couple de quarantenaires sont mis en scène dans le milieu du téléachat.

Le couple en question, formé de deux acteurs français parmi les meilleurs, Karin Viard et François Cluzet, est en effet à la tête d'une chaîne thématique entièrement dédiée à la refourgue d'objets totalement futiles et incongrus à des ménagères pour qui acheter est absolument compulsif.

Et l'on touche déjà ici à un des aspects les plus intéressants du film : souligner assez finement que la consommation compulsive fonctionne comme le désir sexuel, au détour d'une scène où Cluzet zappe d'un film X à une de ses émissions de téléachat.

Ce qui est sans doute l'aspect le plus attachant de "France Boutique", c'est qu'il ne cherche pas à dénoncer ou à faire de la moralisation niaise et lourdaude à la Coline Seraut. Non, il ne prétend jamais donner de solutions, ni faire de constats édifiants, il se veut juste une charge, sans esclandres, mais joyeuse et sincère, contre les cyniques tenants de la finance (Nathalie Baye et son assistant sorti d'un catalogue de la Redoute).

Il pointe les côtés les plus risibles de ses personnages, mais les aime tout autant, se gardant bien de sombrer dans ce qu'il dénonce (le mépris total affiché par Nathalie Baye). 

Le problème c'est que l'aspect "étude d'un couple au bord de la crise de nerf" (le film après tout s'affiche comme une "comédie conjugale") ne convainc pas vraiment.

Il semble que Tonie Marshall ait été plus emballée par la parodie du petit monde potache de la télé et par l'opportunité qui lui été donnée de refaire le portrait aux grands business men, qui appréhendent tout domaine sous l'angle du profit, au mépris de la passion qu'y investissent les gens (et oui , on peut mettre de la passion dans une émission de télé achat !

Voir cette scène ahurissante où Cluzet lit du Francis Ponge, espérant y trouver l'inspiration pour mieux vendre une réplique ignoble d'huître perlière !).  

Mais, du coup, les scènes dédiées au couple en pâtissent, sont moins convaincantes. Il nous reste cependant un film, certes inégal, mais parsemé de séquences réussies, porté par un humour relativement efficace.

On notera, pour finir, la présence de Micheline Presle, l'émouvante actrice de Falbalas, qui n'hésite pas ici à donner dans la dérision, et un Bernard Menez en pastiche à peine camouflé de Claude Lelouch !

De là à penser que Lelouch filme comme un réalisateur d'émissions culinaires et assaisonne ses "œuvres" de métaphysique de supermarché, il n'y a qu'un pas, que j'ai bien envie de franchir. Tiens, allez, hop !

Auteur :Benjamin Thomas
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