24 septembre 2021
Critiques

France : Intention louable, résultat mitigé

Par Clara Laine

« "France" est une franche satire de l’information-spectacle où, sous ce ridicule, bien appuyé en surface, perce une quête tragique et romantique de nous-mêmes » . C’est par ces mots que Bruno Dumont décrit son dernier film dans une interview consacrée au Monde. Loin de moi l’idée de contredire gratuitement le réalisateur de "Ma Loute". Cependant, il faut avouer que l’expression « quête tragique et romantique » me paraît un poil exagéré au vu du film que je viens de voir.

Dans cette comédie qui oscille sans cesse entre pathos et cynisme, Léa Seydoux tient le rôle de France de Meurs, une journaliste glamour, célèbre et à qui tout semble réussir. Son bras droit est joué par Blanche Gardin, un agent insupportable qui excelle dans l’art de la fayoterie. Ajoutez à ce cocktail un Benjamin Biolay inconsistant, une sorte d’auteur raté qui vit dans l’ombre de sa femme et vous obtiendrez un résultat pour le moins déconcertant : non, à coup sûr, "France" n’est pas le fiasco auquel je m’attendais et l’accueil que lui a réservé le Festival de Cannes me semble un poil dur. Toutefois, il est certain que le mauvais goût, quand il n’est pas poussé à l’extrême, peut parfois perdre le spectateur en route. Ce fut le cas ici.

En deux heures, Bruno Dumont balaie un panel de thèmes extrêmement large, peut-être trop : le parti pris de centrer la moindre scène autour de Léa Seydoux nous empêche de nous investir émotionnellement dans le scénario. Ce n’est pas tant que la journaliste qu’elle interprète soit systématiquement insupportable : il arrive même que son hypersensibilité s’avère crédible. Mais sa déconnexion au monde réel est telle que ça en devient risible et, bien souvent, l’empathie pour cette femme s’envole aussi vite qu’elle est arrivée. En effet, comment s’identifier à une star dont l’émission médiatique n’est qu’un vaste délire égotique ? Comment ressentir une once de sympathie pour cette soi-disant héroïne pleine de mérite qui vit dans un appartement aussi luxueux que glacial en plein Paris ? Comment ne pas trouver à vomir la scène des migrants dans le bateau ?

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Léa Seydoux - Copyright RogerArpajou/3B
Bien sûr, tout cela est certainement voulu. Le réalisateur dénonce ici le monde médiatique actuel, l’impératif de la beauté dans les sujets que les médias exhibent, même lorsque le coût de cette esthétisation conduit à la déshumanisation de l’horreur. Néanmoins, les moyens employés sont maladroits et le tout manque cruellement de finesse : l’accident de moto, l’homme que France rencontre en cure puis l’accident de voiture tombent comme un cheveu sur la soupe.

On comprend l’intention, mais on voit les grosses ficelles en arrière-plan et cela gâche une bonne partie du film. Où est l’intérêt d’un scénario si l’interprétation du spectateur n’est pas libre d’être multiple ? J’aime l’illusion d’avoir la liberté de me faire mon propre avis de ce qui défile sus les yeux : ici, j’ai eu la désagréable sensation qu’on me dictait quoi penser. Une sorte de mise en abyme un peu maladroite du monde médiatique actuel, pourrait-on dire, histoire de sauver le film…

Pour conclure sur une note un peu plus positive, je souhaite tirer mon chapeau au personnage campé par Blanche Gardin. Il aurait été intéressant de la voir davantage à l’écran, car son cynisme est des plus savoureux et engendre pour le coup une réelle réflexion sur l’hypocrisie ambiante de notre société. Enfin, mention spéciale à Bruno Dumont qui, en dépit des réserves mentionnées plus haut, a su éviter l’écueil du manichéisme. La frontière entre bien et mal est brouillée et c’est le point qui confère l’intérêt principal de ce long-métrage.

Au-delà de la musique de Christophe (un peu décalée à mon goût) et des gros plans sur Léa Seydoux (c’est bon, on a compris qu’elle était hypersexualisée en tant que femme journaliste), un début de réflexion sur l’intégrité des médias ainsi que sur la légitimité des émotions humaines pointe le bout de son nez. Toute la question reste maintenant de savoir si vous souhaitez subir plus de deux heures de pathos un poil surfait et emplis de déjà-vus pour y avoir accès…


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