16 octobre 2021
Critiques

France : Satire ou farce ?

Par Axelle Guéguen

 

Le nouveau film de Bruno Dumont, "France" est sorti. Pseudo comédie satirique, on y suit Léa Seydoux dans le rôle de France de Meurs, journaliste vedette d’une chaîne de télévision. Malgré la présence de Blanche Gardin, le rire ne vient pas, contrairement à l’ennui et à l’embarras. Un film interminable qu’on ne peut que déconseiller.

France est l’idole des Français. Journaliste charismatique, aux paroles acérées et aux interventions osées, elle a su gagner sa place dans le paysage médiatique, et ce des deux côtés de la caméra.

Journalisme et cinéma

Reporter ou metteuse en scène ? Telle est la question, bien que mal posée, du nouveau Bruno Dumont. L’intrigue mystérieusement rythmée nous force à suivre le parcours de France et les difficultés aussi bien professionnelles que familiales qu’elle rencontre. Si la ligne entre satire et parodie est bien fine, Dumont a su la franchir jusqu’à tomber dans la simple farce, sans parvenir à nous faire rire pour autant.

France n’est pas seulement le personnage principal du film. Elle en est l’héroïne, tourmentée, malmenée, et d’une certaine manière critiquée. Or, cet aspect de « critique » est l’un des facteurs très irritants de l’œuvre de Bruno Dumont. En effet, il ne cache pas son désir de dresser un portrait peu flatteur de l’univers des médias, et tout particulièrement celui de l’audiovisuel. C’est une visée non seulement légitime d’un point de vue moral et politique, mais aussi intéressante créativement. On s’imagine tout un monde de personnalités aberrantes, à l’ego surdimensionné ou encore perverties par le monde du showbiz. Quelque part, c’est ce que dénonce Dumont : l’individu qui prime sur le contenu.

Le réalisateur a, cependant, préféré emprunter une voie peu fructueuse, celle de l’héroïne tragique qui se retrouve empêtrée dans une profession qu’elle vient à détester. Malheureusement, en se focalisant sur un seul personnage qu’il essaie (en vain) de rendre sympathique, il décrédibilise sa propre critique en tombant dans ce qu’il dénonçait. La visée satirique s’efface complètement derrière une intrigue qui se perd dans des méandres dramatiques tout à fait inutiles et lourds, scénaristiquement et émotionnellement.

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Léa Seydoux - Copyright RogerArpajou/3B
Héroïne tragique ou pathétique ?

Que dire de Léa Seydoux ? Actrice superstar, aussi bien en France qu’à l’international, elle a joué pour des réalisateurs comme Benoit Jacquot, Wes Anderson ou encore Sam Mendes. Mais, ici, son rôle la dessert. La caractérisation de son personnage ne lui donne pas assez de marge pour la rendre attachante ni même crédible, et on en vient à soupirer quand vient un énième gros plan sur son visage. Sa relation avec son mari est couverte en trois conversations, celle avec son fils à peine plus. Bien que sa profession, cible du réalisateur, lui pèse, elle n’élabore que peu sur son expérience et le spectateur doit se contenter d’un regard intense dans le vide pour deviner ses pensées.

Certains aspects de son personnage sont franchement irritants, comme sa relation avec ses privilèges. Cette question est brièvement soulevée, et maladroitement résolue ; on nous montre une volonté de sa part de se distinguer de l’élite des « nouveaux riches », pour qu’elle se montre trente minutes plus tard dans une cure très sélective dans les Alpes. Même sa moue très reconnaissable, d’habitude charmante et mystérieuse, ne renvoie que mépris. Il s’agit somme toute d’une héroïne peu convaincante.

Histoire de ne pas tomber dans une critique acharnée de "France", on soulèvera quand même de très bonnes prestations du côté des personnages secondaires. Benjamin Biolay remplit à merveille son rôle de mari ténébreux et effacé, tout en restant juste et attachant. On en vient à prendre son parti plutôt que celui de France, dans leurs querelles qui ne dépeignent rien d’utile ni de prenant. Blanche Gardin est, elle aussi, un plaisir à voir à l’écran. Parfaite dans son rôle de manager sans foi ni loi à l’humour cru, on déplore quand même que l’entièreté du caractère comique de ce film repose sur elle. Son alchimie avec Léa Seydoux est agréable à voir, mais elle reste constamment dans son ombre sans qu’on n’apprenne jamais rien d’elle. 

Dans la salle, il n’était pas rare d’entendre des soupirs, parfois très longs. Il s’agit là d’un raté énorme pour un casting et une bande-annonce qui s’annonçaient prometteurs. Le sujet de la surmédiatisation, de l’individualisme et de la quête du buzz dans les médias d’information est toujours sur la table, et attend une bien meilleure mise en scène.


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