22 février 2019
Critiques

Frankenstein : Chef d’oeuvre du genre !

En 1931, le DRACULA de Tod Browning fait vendre plus de 50 000 tickets dans les deux jours suivant la première. Ce juteux retour sur investissement encourage Universal à mettre immédiatement en chantier un second projet : FRANKENSTEIN.

Tout d'abord destinée à Robert Florey, auteur d'un premier script, la réalisation revient au britannique James Whale qui en profite pour revoir entièrement le scénario. Bela Lugosi, auréolé du succès de DRACULA, se serait offusqué du rôle ingrat que lui réservait le scénario de Florey, déclarant, « J'étais une star dans mon pays, je ne serais pas un épouvantail ici ! ». Ce rôle, c'est celui de la créature qui, une fois réécrit, trouvera sa parfaite incarnation en Boris Karloff qui accède au statut d'icône populaire grâce au maquillage mémorable de Jack Pierce.

Autour de Boris Karloff, le reste du casting aligne les étoiles à la manière du « Hollywood walk of fame ». Edward Von Sloan, qui incarnait déjà Van Helsing face à Dracula, côtoie Mae Clark et surtout Colin Clive, jeune Dr Frankenstein enfiévré et l'inimitable Dwight Frye dans le rôle de Fritz, l'une de ses plus grandes compositions aux côtés du Renfield qu'il incarnait pour Browning. Autre star, de l'autre côté de la caméra cette fois, le vétéran Arthur Edeson est chargé de la photographie, témoignant, s'il en était encore besoin, que l'horreur chez Universal, dans les années 30, c'était pas de la blague !

James Whale, d'ailleurs, ne blague pas lorsqu'il s'agit de choquer le chaland : Frankenstein et Fritz endossant la défroque de pilleurs de tombe entre autres sacrilèges et la première apparition frontale de la créature, les yeux révulsés sous ses paupières lourds, sont des images qui resteront longtemps gravées dans les mémoires. Le rythme, d'abord survolté qui précède à l'éveil du monstre est peu à peu remplacé par une étrange langueur teinté de mélancolie. Conscient de la portée allégorique et de la richesse philosophique du roman de Mary Shelley, Whale transforme son film d'horreur en conte moral et fait de son monstre (une simple machine à tuer dans le script de Florey) une figure de la différence. Récit initiatique d'un être orphelin et apatride en crise identitaire et en quête d'acceptation, FRANKENSTEIN s'articule beaucoup plus autour de sa créature anonyme et muette que de son Docteur titulaire, son hubris et son repentir.

Baroque et gothique en diable dans sa mise en scène et ses décors, FRANKENSTEIN demeure l'une des plus grandes références cinématographiques de tous les temps, souvent cités par des réalisateurs tels Martin Scorsese, George Romero, Mel Brooks (qui avec FRANKENSTEIN JUNIOR en 1974 parodie non seulement ce film et sa suite LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN de James Whale, mais aussi les deux films suivants, LE FILS de FRANKENSTEIN de Rowland V. Lee et LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN de Erle C. Kenton) et surtout Tim Burton et Guillermo Del Toro. Notons que l'un avec EDWARD AUX MAINS D'ARGENT, est l'auteur d'un remake à peine déguisé du film de Whale, et que l'autre caresse depuis longtemps l'idée d'un remake, officiel cette fois, qui rendrait enfin justice à la place de son modèle au panthéon des chefs-d'œuvre du 7ème art.
Auteur :Gabriel Carton
Tous nos contenus sur "Frankenstein" Toutes les critiques de "Gabriel Carton"