18 septembre 2019
Critiques

Frankie : Un hymne à la vie

La critique du film Frankie

Par Elisa Drieux-Vadunthun


Réalisé par Ira Sachs, et sorti le 28 Août dernier, "Frankie" est un film hors du commun. Il nous surprend, nous émerveille, nous coupe le souffle par son incroyable beauté. "Frankie" porte à l'affiche des acteurs très différents de leur jeu habituel et au talent incomparable. On y trouve principalement Isabelle Huppert incarnant Frankie et qui, comme nous le savons, est d'un talent incontestable tous comme les autres comédiens avec lesquels elle partage l'affiche tel Brendan Gleeson (Alastor Maugrey dans la saga "Harry Potter" ou encore Ken dans "Bons Baisers de Bruges"). Brendan Gleeson incarne ici Jimmy, le mari de Frankie, complètement bouleversé, n'arrivant pas à accepter la mort future de sa femme. Un personnage aimant et au grand cœur.

Nous avons aussi Marisa Tomeï dans le rôle d'Ilene, une coiffeuse travaillant dans le cinéma, et très attachée et liée à Frankie ; elle va se précipiter pour venir au Portugal soutenir son amie dans ses derniers moments. On peut également compter sur Jérémie Rénier alias Paul, le seul fils et enfant de Frankie, au comportement irrecevable face à la situation de sa mère.

Frankie est une agréable surprise. Un vrai petit bijou cinématographique. On pouvait s'attendre, avec un tel synopsis, à une véritable tragédie où tout le monde pleure : les personnages du film, le public. Finalement, le tout se termine sur une surprenante note et c'est sans voix que nous restons à contempler Frankie. Bien évidemment, pour savoir ce qui nous laisse dans cet état-là, il faut se rendre au cinéma et découvrir ce film magnifique par vous même.

Concernant la mise en scène, chaque plan a été pensé subtilement et travaillé avec ingéniosité. La saturation des couleurs appliquée à l'écran, et particulièrement dans la scène d'ouverture où Frankie plonge dans sa piscine à l'eau turquoise, accompagnée d'un soleil brûlant, pourrait presque faire penser à l'un des célèbres tableaux du peintre américain David Hockney (ce dernier, connu pour Le Grand Canyon, réalisé avec des couleurs vives, chaudes et éclatantes, a réalisé des séries de tableaux tel Portrait of an Artist – Pool with Two Figures, datant de 1972, et que nous pourrions rapprocher de cette scène d'ouverture où apparaît le titre Frankie).

Les couleurs sont donc pensées intelligemment et nous trouvons tout au long du film des arrières-plans composés de papiers-peints et/ou de mosaïques rappelant les palais mauresques des mille et nuits, le tout pouvant presque finalement nous faire croire que nous sommes les témoins d'un rêve. Pareillement, nous avons des scènes tournées dans le célèbre jardin Pena de Sintra ou encore à l'intérieur et autour du Palais Quinta Da Regaleira.

Dans ce cadre idyllique, les personnages se promènent, entourés de brumes qui installent une ambiance digne du poème Walden de l'américain Henry David Thoreau. Ils tiennent de longues conversations qui nous font réfléchir sur notre présent et nous rappellent que « Carpe Diem » devrait être davantage au rendez-vous dans notre vie. En tous cas, il l'est pour Frankie qui n'aspire qu'à embrasser une dernière fois ses amis, sa famille et profiter de l'extraordinaire domaine dans lequel elle se repose.

Pour ce qui est de la bande-son, la musique est composée par Dickon Hinchliffe. Une partition musicale qui nous transporte à travers les paysages de Sintra, magnifique ville du Portugal aux mille et une couleurs. Certes, la musique peut être triste (notamment lors d'une séquence où le mari de Frankie vient la rejoindre sur le banc de son piano où elle est en train jouer et se met à pleurer. Frankie lui dit que c'est une musique triste, très triste, mais pourtant elle ne pleure pas). Peut-être est-ce une façon pour elle de faire comprendre à ses proches que, tout comme cette musique, ce qui l'attend est tragique, rendra malheureux ses proches et amis mais, pour autant, il ne faut pas s'apitoyer. Elle leur fera bien comprendre qu'elle ne veut finalement pas les quitter sur une note larmoyante.

"Frankie" ne plaira pas forcément à tout le monde, notamment en raison de sa particulière façon d'aborder le sujet de la fin d'une vie. Les regards artistiques et sensibles seront, quant à eux, comblés. Celles et ceux qui aiment la poésie, les atmosphères sereines, le rythme lent où l'on prend son temps même si les heures sont comptées, se régaleront également.

"Frankie" mérite sincèrement d’être vu, il ne nous entraîne nullement dans une torture mentale comme nous pouvons le voir avec d'autres oeuvres du même registre. Non, "Frankie" est davantage dans l'optique d'un hymne à la vie, d’une réflexion sur nos sens des priorités dans la vie et tout simplement du « Carpe Diem » cité précédemment (« Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain »).

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