21 octobre 2019
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Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus : La belle et la bête.

De Steven Shainberg, on se souvient encore nettement de l'amour sulfureux et tordu de La Secrétaire. Aujourd'hui, avec son nouveau film, le jeune réalisateur change totalement de voie pour celle du conte. L'histoire de la photographe Diane Arbus est une excellente idée de départ. Fur, un portrait imaginaire de Diane Arbus évoque cette figure emblématique de la photographie américaine des années 1960-70.

Plutôt que de livrer une biographie formatée, Steven Shainberg, a choisi de signer une pure fiction. Certes, il s'est inspiré de l'univers de l'artiste, mais pour imaginer de toutes pièces comment cette bourgeoise new-yorkaise aurait soudain trouvé la voie de la création. Le film s'arrête aux balbutiements de sa carrière et explique de manière audacieuse comment un talent insoupçonné émerge de manière tardive. Le parcours de cette femme, du foyer où elle s'ennuie jusqu'à la flamme de la création était idéal, aux frontières du surréalisme.

Dans le film, l'arrivée d'un étrange voisin sert d'élément déclencheur à sa vocation. Mère de famille dévouée, épouse d'un photographe de mode réputé, Diane Arbus voit sa vie bouleversée par cet homme dont le physique rappelle la Bête de Cocteau, mais qui lui apporte le petit grain de fantaisie absent de son existence. Robert Downey Jr., dont le personnage est librement inspiré d'un authentique « phénomène » de foire, arbore une sensualité délicate. Le comédien, méconnaissable, fait se transcendé la photographe, devenir elle-même, briser son éducation et éclore ses fantasmes. L'homme est sciemment manipulateur parce qu'il est conscient qu'il a en face de lui une proie qui ne demande qu'à être dévorée. Il l'invite à un voyage dans le monde de l'étrange, du décalé dans une société plate, attachée à la norme.

Diane/Nicole Kidman, excellente, s'attache à ce personnage fictif pour compenser la folie qui manque cruellement à son train-train quotidien. Cet élément est renforcé par la découverte d'un escalier reliant symboliquement les deux appartements et sert de liens entre deux mondes. L'actrice interprète avec sérieux et sensibilité une « Alice au pays du non merveilleux». Le film est fondamentalement sensuel avec une pointe d'érotisme. FUR joue d'ailleurs beaucoup avec des éléments chargés de symboles, de clins d'oeil et d'interprétations psychologiques possibles. Ce qui fait Arbus est traité sans ambages : trouver de la beauté dans la laideur et découvrir qu'être ou se sentir différent n'a rien de honteux.

La mise en scène de Shainberg fait merveille et parvient à créer plus que le portrait d'une femme, celui de son monde, son inconscient. De l'angoisse, à la fascination en passant par l'érotisme, les sentiments du spectateur sont aussi troublés que ceux de l'héroïne. Sans qu'on la voie prendre des photos, tout ce qui a fait que Diane Arbus est devenue... elle-même.

Si l'artiste s'est donné la mort en 1971 à l'âge de 48 ans, Fur donne envie de partir à la découverte de son oeuvre.
Auteur :Magali Contrafatto
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