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Furtif : Mauvais à en pleurer

Petit cours de géopolitique : le Tadjikistan, le Myanmar (ex-Birmanie) et surtout la Corée du Nord sont les pires ennemis de la démocratie et donc des Etats-Unis. C'est tout ce que l'on apprendra de ce "Furtif", déjà en course pour devenir le pire film de ces dernières années. Car, soyons clair et n'hésitons pas dans les termes employés : "Furtif" est une abomination, une répugnante tâche qui vient polluer le cinéma et diffuser d'absurdes idées. Parmi celles-ci la vengeance, la victoire militaire, la grandeur de l'armée, etc. La liste est longue.

"Furtif" est de ces films qui confortent les imbéciles dans leur choix. Le délire conspirationniste post-9/11 est ici confirmé. L'armée veut anéantir le terrorisme pour sauver « la démocratie » et ce même s'il faut tuer ses propres soldats. L'Etat américain navigue contre ses propres citoyens. D'où la théorie de Meyssan (aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone) qui puise sa vraisemblance dans cet imaginaire. Enfin, Furtif vise le progrès ultime : la guerre propre. Sous–entendant que le monde ira bien mieux le jour où les soldats pourront s'affronter sans faire de victimes. La guerre propre, c'était le credo de l'armée américaine lors de la première guerre du Golfe avec les conséquences que l'on connaît.

Ce film est un navet. Mais un navet dangereux. Alors, il vaut encore mieux ne pas le prendre au sérieux. Furtif est un amas de crétineries machistes, grossières et vulgaires. Pas de place pour la nuance. Un scénario griffonné sur un pack de bière (un avion entièrement robotisé trahit l'armée et fout une pagaille d'enfer sur son chemin), des personnages taillés à la dynamite (deux mecs, des vrais et une gonzesse qui a quand même une sacré paire de couilles !) et des répliques qu'on ne foutrait même pas dans la bouche d'un GI Joe, période Nixon. Florilège : le nom de l'avion renégat est EDI pour Engin Domination Incursion. L'un des soldats de dire : « Moi, j'en ai un d'EDI dans le caleçon ! ». Ou encore : « Cet EDI, il apprendrait d'Hitler ou de Winnie l'Ourson. » Et voici ma préféré : « Il faut le retrouver avant qu'il nous fasse un caca numérique ».

"Furtif" est un mauvais jeu vidéo, qui sort avec une vingtaine d'années de retard. Les Russes sont toujours les méchants (seule nouveauté, il sont balayés d'un revers de main par les Américains) et les effets spéciaux font peine à voir. On ressent un certain malaise face à toute cette testostérone (et pourtant j'aime "Die Hard" et "Rocky") et surtout d'inepties. Pour exemple, disons que l'avion parle avec la voix de "K2000". Finalement, "Furtif" achève d'écoeurer le spectateur en salissant l'image du HAL de Kubrick. L'ordinateur humanisé de 2001 est honteusement copié jusque dans le nom : EDI, trois lettres. La machine triomphera-t-elle de l'homme ? Une problématique usée jusqu'à la corde et bien mal exploitée.

Sur fond de vieux rock qui sent la bière tiède (type Bon Jovi), on s'en prend à adhérer aux idées anti-américaines. C'est malheureux mais c'est ainsi. L'une des principales conséquences de l'effondrement des deux tours et d'avoir entraîné avec elles les libertés individuelles des citoyens et le cinéma US. Le doute qu'ont introduit les terroristes au sommet de l'Etat nécessite peut-être des navets tels que ce "Furtif". On se souvient qu'au début des années 1980, Reagan avait voulu asseoir la domination américaine contre les soviétiques. Il avait lancé le programme « America Strikes Back » et s'était réjoui d'un film comme "Rambo II". Ici, Stallone est remplacé par Jessica Biel qui aurait mieux fait de rester dans la série mièvre "7 à la maison" et Jamie Foxx, qui serait bien inspiré de rendre son Oscar de meilleur acteur.

"Furtif" ne mérite pas même une sortie DVD. Au fait, après le générique, vous reverrez apparaître l'œil d'EDI. "Furtif 2" ? Lorenzo Lamas se battrait déjà contre Steven Segall pour figurer au générique.  

Auteur :Matthieu Deprieck
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