11 décembre 2019
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Fusion : Les blockbusters américains ne sont plus ce qu’ils étaient…

"Fusion", "Fusion"... Hum...

Il fut un temps, pas si lointain, ou la vision des grosses productions venant d'outre-Atlantique relevait du plaisir pur et simple du divertissement à l'état brut, celui qui vous fait vous installer dans une salle avec la perspective heureuse de passer un bon moment.

S'appuyant sur des artisans chevronnés qui ont donné au 7ème art ses lettres de noblesse, sur des comédiens blanchis sous le harnais des murs qui tombent et des immeubles qui s'écroulent, sur des spécialistes en effets spéciaux dont le premier et malin plaisir était d'en mettre plein la vue aux spectateurs, ces super-productions, ces films-catastrophes, remplissaient les gamins que nous étions alors d'une admiration sans borne, d'une joie sans pareille, à la vue de ces grosses machines tournées en CinémaScope.

Citons quelques exemples parmi les plus fameux : "La Tour Infernale" de John Guillermin, "Tremblement de Terre" de Mark Robson, "Le Toboggan de la Mort" de James Goldstone sans oublier la série des 747 en péril qui, de "Airport" de George Seaton, en 1970, à "Airport 80" de David Lowell Rich, en 1980, avec notre Alain Delon national en pilote du supersonique, ont avivé les pires craintes des spectateurs et favorisé tant de proximité avec les demoiselles à nos côtés.

Puis, ce genre est tombé en désuétude remplacé par les space-operas de l'oncle Lucas, autres grands moments d'intense joie cinématographique, incitant la société Universal, grande pourvoyeuse de ce genre particulier, a finalement intégré les meilleurs moments de certains de ses films dans son parc à thème.

Ce désintérêt s'est poursuivi jusqu'au milieu des années 1990 qui aura connu un "revival" spectaculaire avec "Le pic de Dante" de Roger Donaldson, "Daylight" de Rob Cohen, "Armagueddon" de Michael Bay et "Deep Impact" de Mimi Leder ou encore "Volcano" avec Tommy Lee Jones.

Soyons honnêtes, la plupart des derniers films cités relevaient de l'ennui souvent mortel, bien plus que la lave en fusion filmée en écran large. Seul "Pluie d'enfer" de Mikael Solomon, avec Morgan Freeman et Christian Slater, par une approche résolument originale, sortait du lot.

Aussi, "Fusion" relève-t-il de la même veine des blockbusters poussifs. Certes, on notera, avec un oeil amusé, que le français de service, incarné dans le cas présent par Tchéky Karyo, bénéficie d'un traitement sympathique (en clair, pas de béret, ni de baguette, et une mort honorable à l'issue d'un acte héroïque), ce qui ne saurait durer au vu de l'état actuel des relations diplomatiques entre l'hexagone et l'hyperpuissance américaine.

On observera aussi que le point de départ de la catastrophe à venir, l'arrêt de la rotation du noyau central de la terre qui provoquera l'extinction de la race humaine au bout d'un an, la responsabilité en incombe aux militaires.

Hormis cela, l'ennui règne en maître dans "Fusion", ce navet signé du tâcheron qu'est Jon Amiel. Pire, un constat s'impose : des 6 membres composant l'équipe chargée de sauver le monde, 4 sont éliminés qui correspondent à des critères curieux : un français donc étranger, un astronaute mais qui a commis des erreurs en pilotant une navette, un noir (à votre avis, pourquoi ?) et un scientifique qui est le seul fumeur visible dans tout le film !

Bref, si vous ne ressemblez pas aux deux héros typiquement blancs et américains, votre durée de vie sera limitée dans "Fusion". Surtout, si vous êtes noir, fumeur et accessoirement français. Quel singulier eugénisme !

Auteur :Christophe Dordain
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