16 octobre 2021
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Gainsbourg : La classe

Gainsbourg est revenu de l'au-delà, d'un paradis où les volutes de fumée cachent un monde peuplé de rastas, de sculptures bizarres, de peintures inspirées, de femmes voluptueuses, de jazzmen, de voix à la fois familières et inquiétantes… Vraiment, le "Gainsbourg : vie héroique" de Joann Sfar est plein d'une affection simple et vivante. Lucien enfant nous emmène dans son univers, tiraillé entre sa passion pour la peinture et ce qui, en lui, dicte un chemin contraire. La manière de représenter ce tiraillement n'est pas inédite, certes, mais il fallait oser l'artifice dans l'évocation d'un tel maître (il ne faut pas tout révéler non plus !).

Puis arrive Eric Elmosnino, idéal représentant d'un Gainsbourg qu'il n'affectionnait pourtant pas particulièrement au départ. La ressemblance est saisissante, c'est peu de le dire, mais surtout le personnage est habité, bien davantage que la Piaf de Marion Cotillard. Sa décontraction est visible à l'écran, il vit Gainsbourg sans être oppressé par lui un seul instant. Une performance. Le rêve et la fantaisie sont totales, l'on oublie tout autour, et puis le rêve est cassé quand arrive Laëtitia Casta : une mauvaise performance d'actrice ? Une mauvaise direction ? Une faute de goût en tous cas – même si d'autres spectateurs ont un avis partagé là-dessus. Bardot sonne faux, et ce n'est pas le scénario qui est en cause.

A partir de là, "Gainsbourg : vie héroique" perd son rythme alerte, reprend un peu son souffle avec l'arrivée de Lucy Gordon en Birkin – qui n'atteint pas la vraie Jane, tout de même. Mais c'est mieux que si Charlotte Gainsbourg avait accepté d'incarner sa mère, comme c'était prévu au départ : elle serait restée Charlotte, malgré son talent… Enfin vient le moment où Serge s'évade en Jamaïque : la scène de studio est jouissive, en parfait contraste avec les épisodes difficiles qui suivront. Bravo aussi à Mylène Jampanoï, superbe Bambou.

Les amateurs de Gainsbourg ne trouveront pas dans ce film un biopic traditionnel (avec ses moments d'ennui pontifiant) mais un conte, comme l'affiche l'indique. Ce conte est fidèle à la vie de Serge, entre sourires tendres et quête douloureuse d'absolu. Il avait de la gueule, notre Serge, et c'est ce que Joann Sfar nous rappelle avec beaucoup de classe.

Auteure :Julie Stankiewicz
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