Critiques

Garçon chiffon : Une dramédie existentielle

Par Thumette Frelaut

Nicolas Maury, acteur propulsé par la série "Dix pour cent", réalise son premier long-métrage, "Garçon Chiffon", co-écrit avec Sophie fillières. Dramédie pleine d’auto dérision, on y suit Jérémie, un trentenaire, incarné par Nicolas Maury qui s’est donné “le rôle de sa vie". En sélection officielle de Cannes 2020 et au Festival du Film francophone d'Angoulême, "Garçon Chiffon" sera vous surprendre par sa sensibilité et son humour décalé.

Jérémie Meyer, comédien parisien trentenaire, rentre chez sa tendre mère, interprétée par Nathalie Baye,  qui vit dans le Limousin. Après plusieurs tourments familiaux, professionnels et amoureux, on découvre un jeune homme à la sincérité plus que touchante. Poussé par sa propre volonté, et celle de son agent, Jérémie se prépare pour passer l’audition pour un rôle crucial dans sa carrière : le personnage de Moritz dans "L’éveil du Printemps" de Frank Wedekind. Le temps d’un été, on suit ce curieux comédien ou comment ses émotions, la jalousie et sa maladie peuvent l’affecter tout en l'aidant à se reconstruire progressivement.


Un personnage qui est trop
A la fois devant et derrière la caméra, Nicolas Maury nous montre ce qui pourrait être un semblant d'autobiographie. Jérémie Meyer,  homme-enfant contrarié, en recherche de soi, est face aux dilemmes de l’amour. Ainsi "Garçon Chiffon" se présente-t-il tel un miroir où l'on voit à nu ce personnage au bord de l’auto-fiction. Après avoir eu un rôle refusé, Jérémie est très affecté par cette décision : « Pourquoi ne veut-on pas de moi ? » demande-t-il. Son agent est clair : « Pour ces cons là, tu es trop ! » Mais trop quoi ? Trop émotionnel ? Sensible ? Excentrique ? Bref, trop lui ? Ce jeune comédien, comme beaucoup de ses semblables montés à Paris pour vivre ses rêves, se prend en pleine figure la réalité de sa vie.

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Nicolas Maury - Copyright Les Films du Losange
De nombreux événements amènent le protagoniste à partager avec nous ses émotions et ce sans aucun filtre. En effet, le suicide de son père le perturbe pleinement en plus de sa jalousie maladive. Dès les premières scènes, Jérémie, à la façon d’un film muet, vagabonde dans les rues de Paris à la recherche d’un club de "jaloux anonymes". Sa jalousie l’affecte radicalement, comme dans sa relation amoureuse avec Albert, qui se délite au fur et à mesure. Cette jalousie dans ses relations avec les hommes, elle le suit aussi avec sa mère. Il ne supporte pas qu’un homme s’approche d’elle, synonyme de menace. Cette décision de mettre en scène la jalousie, Nicolas Maury arrive à nous la conter avec légèreté et simplicité. Une promesse originale qui nous accroche tout au long de son évolution personnelle. Pour certains, celle-ci pourrait être trop excessive et confiner en un récit narcissique et égocentrique du personnage qui perdrait alors toute son authenticité. Au contraire, par le sarcasme et l'honnêteté dont il fait preuve, Nicolas Maury arrive à nous transmettre toute sa vérité avec brio.


Une comédie sans compromis
"Garçon Chiffon", c’est avant tout une histoire de réparation, de reconstruction. Pour Jérémie, l’amour brûlant et dévorant de sa mère est essentiel. Tous deux se retrouvent dans un esprit de libération très démonstratif. Sa mère, au franc parler, et à l’amour très communicatif, surnomme affectueusement son fils "chiffon" depuis son plus jeune âge. Un constant s'impose maintenant : cette comédie aurait été sans doute plus harmonieuse si les apparitions éphémères de certains acteurs n’étaient pas négligées. Jean-Marc Barr, Isabelle Huppert ou Laure Calamy sont furtifs dans le film, mais parviennent quand même à laisser une présence dans la mémoire du spectateur.

Filmé en automne 2019 à Paris et dans le Limousin, "Garçon Chiffon" favorise une errance entre les souvenirs d’enfance, les touristes de passage dans la chambre d’hôte et tous les petits détails de la vie. Alternant entre tragique, burlesque, absurde et comique, on y passe du rire aux larmes. Ainsi, gracieux, rempli d'humour et de délicatesse, "Garçon Chiffon" nous habitue à ceux qui ne rentrent pas dans des cases, à l’image de Moritz, le rôle que Jérémie doit incarner pour son audition au théâtre. C’est l’histoire de ceux qui sont blessés par la vie, mais qui parviennent à se guérir et qui, plus que tout, refusent les compromis. Avec ce film prometteur, Nicolas Maury n’est pas près de rester dans l’ombre désormais

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