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Ghosts of Mars : Critique

Mais quelle horreur ! Disons le tout net, "Ghost of Mars", le dernier opus de Carpenter est loin d'avoir atteint ses ambitions ou ses objectifs. Quels objectifs me direz-vous ? J'en vois plusieurs.

Tout d'abord, celui d'égaler ou d'approcher l'esthétique d'Howard Hawks. Car, on le sait, Hawks est la référence absolue pour Carpenter, pour qui le western et l'esthétique sauvage et viriles des hommes et des grands espaces aura bercé son enfance. Cette volonté de faire et refaire constamment "Rio Bravo" en devient presque agaçant. Car, dans "Ghost of Mars", tous les lieux communs du western sont déclinés. En vrac : l'attaque du train postal, l'assaut de la forteresse (Fort Alamo ?) par les mutants (les indiens ?), le caïd des grands espaces : le personnage tenu par l'inexpressif Ice Cube : Desolation Williams (Calamity Jane jadis…) et l'on pourrait continuer encore. Le hic, c'est que l'esthétique du film de genre, quel qu'il soit, ne peut s'envisager sans un véritable encadrement plus large, un contexte (ou sous-texte) politico-social correspondant à l'époque à laquelle tout film a été réalisé et produit.

Pour Hawks, comme pour Ford, le western est la forme la plus appropriée pour nous raconter les fondements de la société américaine. Homère et Virgile n'existent pas aux Etats-Unis. C'est bel et bien à cette immense et ambitieux ouvrage d'écriture de l'Histoire d'une nation que se sont livrés Hawks et Ford, à travers un cinéma fondateur, profondément généreux. Carpenter n'a pas bien du digérer le message, et ne conserve de tout cela que la fascination infantile de la forme sans le fond. C'est infiniment regrettable.

Second point (plus gênant encore), C'est que Carpenter a voulu prendre à bras le corps les critiques nombreuses (européennes principalement) qui lui reprochaient l'extrême misogynie de ses films. Sa réaction fut alors sans appel dès la gestation du projet "Ghost of Mars". Ce film-là mettra les femmes à l'honneur, un point c'est tout (bel effort monsieur Carpenter…). Le résultat est pitoyable et finalement d'une extraordinaire misogynie. Ainsi, la planète Mars est-elle placée sous un régime matriarcal (jusque là tout va bien). Le problème, c'est que tous les personnages féminins (bardés de cuir, gros calibre au poing) s'affichent (via les fantasmes sexuels somme toute assez basiques du réalisateur) comme de véritables icônes sexuelles, à nette tendance homosexuelle.

A l'arrivée le résultat est pire que tout ! Il ne s'agit pas de plaquer de basiques schémas machistes et virils aux personnages féminins pour en faire des héroïnes convaincantes, encore moins pour faire un film dont le schéma narratif et idéologique ainsi réarrangé calmeraient les plus vives ardeurs féministes. (Revoyez "Thelma et Louise", Cher John Carpenter, film dont j'imagine le discours profondément intolérable pour vous…).

Que John Carpenter n'ai jamais cherché à dissimuler ses convictions politiques à travers ses films est une chose. Q'il se permette, via un film, cette infect affront à la gent féminine avec de fallacieux prétextes de réhabilitation, est autre chose. Un discours suffisamment primaire pour rendre à l'avenir, le bonhomme idéologiquement indéfendable. "Ghost of Mars" ! Véritablement le fantôme de lui-même. Voilà qui bien dommage.

Auteur :Stéphane Zawadzki
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