Critiques

Goliath : Eprouvant film à charge

Par Stanislas Claude


"Goliath" est un film français qui utilise le modèle américain pour dénoncer un scandale de santé publique fortement inspiré de celui du Glyphosate. Quatre personnages sont mêlés à cette histoire pour multiplier les points de vue. Pour offrir aussi une tribune virulente contre les méfaits du capitalisme tout puissant.

Frédéric Tellier, le réalisateur de "L’affaire SK1" et "Sauver ou Périr" revient avec un film très engagé et même très orienté. La molécule du film, la Tétrazine, est censée garantir les profits d’une firme agrochimique au mépris de conséquences sanitaires désastreuses. La démonstration est hautement émotionnelle mais pas sans ambiguïté.

Quatre personnages en plein marasme

"Goliath" s’appuie sur quatre personnages principaux aux rôles très clairs et sans vraiment de nuances. L’employé modèle et en pleine ascension d’un lobby (Pierre Niney). Il est chargé par un groupe agro-industriel de démonter les arguments des opposants à la Tétrazine pour permettre l’approbation par le Parlement européen de son utilisation. Une agricultrice qui a perdu sa femme à cause, selon lui, des effets de la molécule voit sa vie brisée par l’absence de sanction judiciaire. L’avocat qui l’a défendu (Gilles Lellouche) se sent investi par la mission de dénonciation des méfaits de la molécule. Une citoyenne (Emmanuelle Bercot) confrontée à la maladie de son mari. Une conséquence, selon elle, de la molécule. Cette femme se mêle au combat pour faire abroger son utilisation.

"Goliath" ne manque pas de clarté et d’efficacité pour proposer un scénario certes binaire, mais qui garantit de ne pas s’assoupir. Les modèles américains sont assez évidents. L’efficacité est toujours au rendez-vous comme pour "Erin Brockovich" ou "Dark Waters". Même le film français récent "Rouge" offrait une dénonciation virulente. "Goliath" se veut un film à la portée tout autant sociale que politique.

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Pierre Niney et Laurent Stocker - Copyright Christine Tamalet / SINGLE MAN
De la difficulté de rendre la justice

"Goliath" fait plusieurs constats accablants. D’abord, le temps de la justice n’est pas le temps du capitalisme. Dans un monde où les entreprises ont de l’argent et ont l’habitude d’aller vite, la lenteur des procédures et le temps d’analyse des dossiers empêche toute action. Les lobbys l’ont bien compris. Ces derniers étirent au maximum le temps judiciaire pour briser toute motivation. Les arrangements financiers font souvent le reste.

"Goliath" montre aussi que la vérité scientifique est une notion souvent assez floue. Comme pour le glyphosate, la Tétrazine du film fait l’objet d’études prouvant tout et son contraire. Ce flou sert les intérêts des entreprises. Le temps qui passe fait le reste, les affaires sont oubliées et de nouveaux évènements chassent les autres. Le Goliath du film, c'est Phytosanis. Un géant français de l'agrochimie aux moyens illimités et capable de pourrir des procédures malgré les cas sanitaires nombreux, scandaleux avérés (cancers, malformations infantiles). Le film souligne que la vérité est désormais improuvable sous l’action de lobbys aguerris à l’exercice de la désinformation.

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Gilles Lellouche - Copyright Christine Tamalet / SINGLE MAN
Un film plus polémique que réfléchi

Le spectateur se pose évidemment la question de l’importance de la santé publique face à l’obligation pour les entreprises d’engranger d’énormes bénéfices sous la pression de leurs actionnaires. La controverse sur la vérité scientifique entourant la toxicité des pesticides ne fait toujours pas l’unanimité. Comme le souligne le lobbyiste Pierre Niney dans le film, face à une population qui augmente sans cesse, la baisse des rendements qu’engrangerait automatiquement l’arrêt de l’utilisation des pesticides aurait des conséquences elles-mêmes dramatiques.

Le film dénonce, parfois de manière bruyante avec une Emmanuelle Bercot aguerrie dans l’exercice de la voix qui porte, mais rien n’est vraiment résolu. Surtout que la pollution, l’augmentation des températures, la multiplication des catastrophes naturelles dramatiques, la crise sanitaire du Covid 19 et maintenant la guerre en Ukraine sont d’autres sujets d’une importance tout aussi significative…

"Goliath" met face à face le cynisme des uns et l’impuissance des autres pour un vrai shoot d’émotion. Le film souffre, cependant, de trop d’apartés sur la vie personnelle sans grand intérêt des personnages là où le spectateur attendrait un duel Lellouche / Niney qui peine à s’installer. Il a le mérite de poser des questions et de bien cerner la situation, mais sans apporter de réelles solutions. L’émotion et le drame avant tout.



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