14 décembre 2019
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Gosford Park de Robert Altman : La critique

"Gosford Park", ce tableau de l'aristocratie anglaise, entremêlé d'une intrigue à la Agatha Christie, pourrait laisser craindre un air de déjà-vu. C'est sans compter sur la personnalité toujours alerte de Robert Altman qui, du haut de ses 77 ans, peut donner des leçons de cinéma à qui veut l'entendre, spécialement Outre-Atlantique, dans sa patrie si joyeusement contestée.

Fidèle à ses galeries de personnages dont les histoires multiples et entrecroisées sont autant de portraits psychologiques passionnants à suivre, Altman trouve ici un décor parfait pour décrire l'aristocratie britannique noyée dans sa fade existence. L'intérêt principal étant de remuer les apparences pour faire remonter les micro-drames (donc micro-trames) et les querelles sournoises, tout comme le cynisme de la situation ou la platitude des pensées et des relations. Le double intérêt de "Gosford Park", et son originalité, étant de faire participer à part égale l'univers rarement filmé des domestiques.

Car il existe bien deux mondes, celui des bas étages, terré, et celui de la lumière, celui des beaux étages. Pourtant, les deux mondes sont intimement liés (c'est parfois peu dire) et leurs drames, s'ils se ressemblent parfois à une autre échelle, sont souvent imbriqués. Ce n'est pas un hasard si les domestiques prennent le nom des maîtres, le temps de cette immense assemblée.

Ainsi, le réalisateur de "MASH", de "Short Cuts" ou plus récemment du touchant "Cookie's Fortune" maîtrise à merveille non seulement son sujet (en bon perturbateur qu'il est) mais aussi l'espace, puisqu'il s'agit tout de même d'un huis clos orchestré autour d'une bonne vingtaine de comédiens ! Ceux-ci, recrutés parmi la fleur du cinéma et du théâtre anglais, renvoient sur l'écran une finesse d'interprétation égale à l'habileté et l'intelligence du réalisateur. Emily Watson en tête, puis Kristin Scott Thomas, Maggie Smith, Helen Mirren et Stephen Fry, entre autres, collent parfaitement à l'esprit qu'Altman a voulu pour ce film.

Il se peut, cependant, que ce film demeure opaque pour nombre de spectateurs, peu habitués à une mise en scène alambiquée où fleurissent une multitude de personnages dont les intrigues peuvent les laisser de marbre. Il s'agit plus dans "Gosford Park" d'une l'étude de mœurs forcément psychologique que d'un suspense policier, comme le laisse présager l'intrigue initiale. Gosford Park s'adresse donc aux amateurs du genre et aux fans de Robert Altman, toujours aussi en forme. 

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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