12 décembre 2019
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Gouttes d’Eau sur Pierres Brûlantes : La critique du film

On avait rarement vu un cinéaste s'attacher d'aussi près à la construction théâtrale. François Ozon l'avait laissé présager dans "Sitcom" (avec son découpage du récit en actes non signifiés mais signifiants).

Cette fois, avec "Gouttes d'Eau Sur Pierres Brûlantes", il possède la matière première à la mesure de ses pulsions : une oeuvre de jeunesse de Rainer Werner Fassbinder. En effet, le metteur en scène allemand avait déjà un goût prononcé pour la provocation.

Si mettre en question la moralité bâtit depuis des siècles dans notre bonne vieille Europe, avec ses aberrations, est de la provocation alors, pour François Ozon, c'est son champs d'action favori. Ne vous attendez pas à rester bien sagement assis dans votre fauteuil de cinéma parce que vous allez gigoter et grincer des dents.

Pour aggraver le cas de l'agitateur, Ozon n'hésite pas à planter son récit dans un intérieur kitch de l'Allemagne des années 70 et à diriger ses acteurs de manière innocente. Le résultat de ce décalage par rapport aux propos est glacial. Ce sont donc les décors dignes d'un épisode la série "Derrick". Toutefois, nous sommes bien loin des aventures soporifiques du morne policier.

Il n'y a guère que Léopold qui ne soit pas dupe dans son enfer édifié bien consciencieusement comme une araignée qui n'a d'amour que pour « soie ». Le talent de Bernard Giraudeau aide à prendre pitié de son entourage tant il est exécrable avec ce pauvre Franz.

On aimerait ainsi sortir de cet appartement mais n'est-ce pas pire ailleurs ? Les victimes viennent une à une : Anna (Ludivine Sagnier), l'ex petite amie de Franz; puis Véra (Anna Thompson), l'ex petit ami de Léopold. Et tous de s'essayer ou de se réessayer face à ce monstre d'égoïsme.

Ozon a réussi un coup de maître. Le passionné de théâtre qu'il est a su ne montrer aux spectateurs qu'un dramatique huis clos décalé alors qu'on l'attendait sur le terrain du théâtre filmé. Toutefois, c'était mal connaître ce sulfureux animal qui a aussi une solide culture visuelle...

Auteur :Denis Ounissi

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