Critiques

Grâce à Dieu : Un récit qui frôle l’indigeste

Critique du film Grâce à Dieu

par Amandine Letourmy



Après avoir confirmé son attrait pour les figures féminines complexes et plurielles, François Ozon s’attaque aux hommes. Avec "Grâce à Dieu", le réalisateur dresse un portrait tout en finesse et en nuances de la fragilité masculine, malgré un rythme qui souffre de lenteurs répétitives.

Le cinéaste revient sur l’affaire Preynat, du nom du prêtre Bernard Preynat mis en examen en 2016 pour des faits d'agressions sexuelles sur des scouts lyonnais entre 1986 et 1991.

La caméra suit successivement trois des victimes de l’homme d’Eglise : Alexandre, le catholique pratiquant aux cinq enfants, François, le père de famille athée fan de batterie et Emmanuel, le jeune adulte aux airs frêles de petit garçon.

Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud interprètent brillamment leurs rôles, avec justesse et intensité. L’écriture des personnages est une réelle force dans le récit, les différences sociales entre les protagonistes n’étant ni grimées, ni grossièrement soulignées.

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François Ozon dirigeant Melvil Poupaud


Cependant, cette succession de portraits, au demeurant plutôt longue, achève d’alourdir un film à l’atmosphère déjà bien pesante. Malgré une caméra agile lors des transitions entre les personnages, "Grâce à Dieu" semble ne jamais sortir de sa phase d’exposition. 

Sa construction linéaire favorise les longueurs et la valeur journalistique du récit (même si celui-ci reste une fiction) amène à se demander quel a été le frein pour ne pas en faire un documentaire.

La saveur du film réside exclusivement dans un récit qui, sans être à charge, n’épargne pour autant ni l’institution religieuse, ni le spectateur. Les retours dans le passé sont pudiques là où ils auraient pu être crus, et l’atmosphère, de plomb. Le contraste entre les détails insoutenables narrés par les personnages et les images paisibles montrées à l’écran sont d’une rare intensité.

Récit d’une quête de justice face au couperet de la prescription et d’une démarche de vérité qui « gêne » alors que le silence et le temps n’absout pas les crimes, "Grâce à Dieu" n’évite malheureusement pas les poncifs à répétition propres au genre, à grand renforts de violons.

Malgré des thématiques fortes comme le pardon, et un ensemble qui ne sonne jamais faux, le nouveau film de François Ozon finit par échouer dans la case de « film hommage » pour les victimes et les créateurs de l’association La Parole libérée.

Le cinéaste tend à oublier qu’un sujet fort n’empêche pas une proposition artistique de conséquence. Malheureusement, l’objet film reste bien quelconque.

Lisse et conventionnel, frôlant l’indigeste, "Grâce à Dieu" a au moins le mérite d’alerter l’opinion publique via le prisme de l’œuvre cinématographique. Cela, si tant est que les spectateurs soient restés absolument aveugles et sourds au grand bruit que la révélation de l’affaire a suscité.

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