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Gran Torino : La critique du film

Il y a le cinéma.. Et il y a Clint Eastwood. Une star, une vraie. Un acteur, un vrai. Un réalisateur, un vrai. Tout ce qu'il touche, il le transforme en or. les lecteurs. La preuve, encore une fois, avec « Gran Torino ». Une fable réaliste, un conte social, un film magnifique ! Il va finir par nous énerver, Clint. Non mais c'est vrai, un chef-d'oeuvre une fois de temps en temps, ça passe. Mais deux en trois mois ! Là, c'est trop nous demander...

Comment ne pas être agacé ? Énervé, par tant de bonheur cinématographique, et, en même temps, vraiment très reconnaissant ? C'est que les émotions que Clint fait naître, elles nous restent. Après "Mystic River", et depuis l'uppercut "Million Dollar Baby", Clint nous colle baffe après baffe. « Bam » : "Mémoires de nos pères" ! "Lettres d'Iwo Jima" : « bam ». « Bam » : "L'Échange." Et là ? Là c'est le coup de grâce, celui qui nous laisse à terre, et résume à lui tout seul la carrière du grand Clint : "Gran Torino".

Ça commence par un enterrement. Celui de la femme de Walt Kowalski, ancien ouvrier, réac et raciste, qui n'aime rien sauf sa femme, son chien, et sa voiture, une Gran Torino. Et encore, cet ordre de préférence n'est pas garanti. Walt se retrouve donc seul dans sa maison à la pelouse parfaitement tondue, avec ses bières, et son « territoire » qu'il défend, armes aux poings, contre ses voisins. C'est que le quartier, autrefois sûrement une belle banlieue, part à la dérive, et est aux mains de différents gangs. Autour de la maison de Walt, des familles Hmong, immigrés asiatiques, s'installent, un comble pour ce vétéran de la guerre de Corée qui déteste les « faces de citron ». Et pourtant, un jour, à la faveur d'un vol, tout va changer. Petit à petit le destin de Walt bascule, et ses relations aux autres changent. Ses voisins, ses fils, son pasteur, son entourage prend un nouveau sens.

Une histoire banale ? Oui, bien sûr. Mais de ce point de départ tellement basique et simpliste, Clint nous fait un film magique et magnifique. Car, plus loin qu'une simple histoire de rédemption, de « je suis raciste, mais... », Clint nous la joue fine. Il y a d'abord toute cette histoire de l'Amérique qui se fait jour à travers Walt Kowalski. Ce pays qui, d'un racisme forcené construit à coup de guerres, se cache derrière ses fusils, et fuit la différence. Et puis, un jour, s'y ouvre, et renoue avec une humanité qu'elle croyait perdue, retrouve des solutions ailleurs, adapte ses traditions. C'est que les héros de Clint Eastwood ont toujours été de parfaits reflets des États-Unis du moment...

Dans l'excès, comme dans les manques. Et puis, au-delà de la critique sociale, il y a indéniablement dans "Gran Torino" un côté « testament » qu'il serait difficile de rater, surtout quand Clint annonce arrêter de faire l'acteur pour se consacrer à la réalisation. Le parcours de Walt Kowalski, c'est la rédemption de l'Inspecteur Harry. Le bloc de violence et de cynisme qui dégaine à tout va à la rencontre de l'humanité et de la sagesse. De la mort aussi. Avec une obsession : laisser une trace, qui ne soit pas sanglante, qui ne soit ni méprisable ni facile, mais intelligente. Clint Eastwood regarde sa carrière, sa vie, et nous avec.

Difficile de ne pas craquer devant cette humanité qui nous renvoie à la nôtre. Même si certains côtés peuvent paraître rapides, ou simplistes, cette histoire est belle, fine, intelligente. Un testament comme beaucoup en rêveraient. Clint l'a fait !
Auteur :Fadette Drouard
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