21 janvier 2020
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Gran Torino de Clint Eastwood : La critique du film

Très cher Clint… Je peux vous appeler Clint ? Non pas par excès de familiarité, non, mais plutôt par excès d'admiration. Je me suis fait du souci : votre dernier film, « L'échange », m'avait procuré beaucoup d'émotion et avait parlé à mon cœur… N'était-ce pas un peu rapide de proposer aussi vite un film dans lequel vous jouez, en plus de l'écrire et de le réaliser ? Mais vous avez réussi une nouvelle épreuve : vous nous offrez comme une belle synthèse, parfaitement digérée, de toute votre carrière, et peut-être de votre vie.

Permettez-moi de rêver… Vous savez rappeler à celui qui écrit pourquoi il écrit, à celui qui fait du cinéma pourquoi il le fait, et même… vous rappelez à celui qui désespère de l'humanité pourquoi il faut continuer à croire. Parce que, finalement, votre cinéma est aujourd'hui hors compétition, au-dessus du lot, comme on dit. Vous êtes allé chercher ce qu'il y avait de plus profond en l'Homme, de plus beau et de plus douloureux, en racontant une histoire sans fard, sans éclat inutile, ou comment faire encore du vrai cinéma avec une major…

Vous parlez d'abord de solitude de bien différentes manières : un homme perd sa femme, la seule à le comprendre, mais même elle ne pouvait percer les secrets de ses blessures de guerre. Mais les individus sont aussi des monades, enfermées dans leurs représentations, et apprendre à s'exprimer permet de s'ouvrir, même quand le mot se fait insulte. Clint, dans votre film, les personnages se vannent sur des clichés, et en deviennent d'autant plus complices ; les hommes ne doivent pas fermer les yeux sur leurs différences : ce serait hypocrite, pas vrai ?

Alors même si, dans le film, vos mots peuvent sembler blessants et intolérants à l'égard de tous vos voisins, ceux-ci deviennent sans doute votre vraie famille. Il y a un peu, dans votre personnage à vous, de l'inspecteur Harry devenu sage. Walt Kowalski râle comme un chien quand on l'embête, mord quand on envahit son espace personnel, mais trouve des solutions qu'on n'attendait plus. Il écorche autant qu'il réconcilie, avec son franc-parler. Votre jeu est exceptionnel : vous nous faites profondément aimer Walt, iconoclaste à souhait, mais tellement humain. Votre corps a vieilli et votre vieillesse est superbe, naturelle, émouvante. On n'ose penser au moment où vous nous quitterez…

Votre réalisation est sobre, vous vous contentez d'aimer tous ceux qui peuplent votre imaginaire, vous aimez l'humanité et votre amour et votre espoir sont communicatifs. Votre réflexion sur le bien et le mal (sans manichéisme aucun, le représentant de la religion le montre bien par son humilité), votre questionnement sur l'individu englué dans un système de double culture, englué dans son milieu social : tout ceci sonne juste, et tristement actuel dans votre Amérique des gangs et des ghettos. 

Merci pour ce cadeau. Et merci pour votre Gran Torino, cette voiture dont l'histoire devient si parlante dans votre film. D'abord objet de convoitise, incarnation d'une Amérique triomphante, la Gran Torino nous a bien surpris… Mais vous parvenez toujours à nous surprendre, Clint. Vous nous avez bien eus, encore une fois. Et vous avez encore parlé à mon cœur…

Merci !
Auteure :Julie Stankiewicz
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