21 octobre 2020
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Gran Torino : Magistral !

C'est un plaisir timoré qui convient pour décrire le fait de revoir le grand Clint devant la caméra. Il a pris un coup de vieux, ce qui, au début du film fout un coup de nostalgie avéré : cela me fera assez mal que de voir un tel géant partir un jour. "Gran Torino" (distribué par Warner Bros) commence peut-être par une séquence d'enterrement, mais il respirera la vie à plein nez jusqu'au bout…

Gran Torino" est un titre un peu surfait, un peu celui qu'on donne, modestement lorsqu'on ne sait pas trop, à l'élément perturbateur du scénario. Ce gamin qui est pris la main dans le sac en train de lui voler son souvenir des années « Fordistes », a du coup la tête des mauvais jours. Pour le vieux grincheux de Walter (Clint Eastwood), qui souffre d'avoir eu en face de lui pendant toute la Guerre de Corée des « bridés » comme lui, comme il dira à maintes reprises, ce coup là est un coup de plus au moral, après la perte de sa femme. La gueule des mauvais jours, la bronca ronchonnante, ce vieux-là aux yeux vissés sur son chien fidèle et sa Gran Torino 1972 dernier modèle, n'a plus que le passé pour se faire avancer un pas devant l'autre.

Entre son balai pour nettoyer les salissures laissées par sa famille le jour de l'enterrement, son frigo à bières fraîches pour enfouir un peu plus son aigreur et le tuyau d'arrosage pour reluire le bolide auquel il prétend avoir posé le train directement sur la chaîne de montage, en cette belle année 1972, le vieux Walter est le dernier dans sa maison, et définitivement bien seul. Une décennie était passée entre l'achat de son bolide chez son patron, et sa corvée de 3 ans passés en Corée, qui l'ont tellement abîmé qu'il confond le peuple Mong originaire de Thaïlande, Laos et actuel Cambodge…avec ses ennemis d'avant.

Les insultes fusent autour de son gazon mitoyen avec celui de cette famille Mong, qui bien qu'ayant été pourchassée par les communistes d'Asie du Sud-Est, ne trouve toujours pas leur place en tant que voisins. Quelque chose qui dérange. Il faut dire que celui qui n'est plus à sa place, c'est plutôt lui : il est le dernier « blanc » d'un quartier de périphérie urbaine, où les maisons en bois mitoyennes sont le seul rapprochement entre les voisins, tous asiatiques. La grimace des mauvais comme des beaux jours, le grincheux ne supporte plus grand-chose, et rumine dans sa barbe jusqu'au jour où sans vouloir agir bien, il agira…dans le bien : aux yeux de ses voisins et à sa propre barbe à lui seul l'égoïste ronchonnant.

Le rapprochement sera alors méticuleusement coordonné par Clint Eastwood à la caméra et face caméra, pour un double emploi qui décidément donnerait un coup de vieux à n'importe quel jeune réalisateur en vogue actuel. Clint. Malgré son âge, il rend une belle copie au plan technique, tout juste ce qu'il faut pour faire se tisser doucement des liens de fraternité entre son personnage et des voisins que tout séparait à première vue, hormis l'hospitalité et la bonté de ces voisins. Les guerres d'Indochine puis du Viêtnam, ils ne l'ont pas fait, ils sont trop jeunes, mais s'ils sont là aujourd'hui en Amérique, c'est parce que leurs ancêtres sont parvenus à fuir le joug communiste. Et cet ennemi là, le vieux Walter s'en rappelle aussi, visiblement davantage.

Sur un scénario du duo Nick Schenk et Dave Johannson, Gran Torino" est un film au bonheur simple, mêlant la difficile acceptation de la différence de générations, à celle finalement moins rugueuse de la différence culturelle. La photographie est simple, le montage et les travellings ne sont certes pas à l'image de la Gran Torino, mais qu'importe ! Eastwood fait plaisir à voir endosser pareil rôle. Les deux jeunes acteurs Bee Vang (Tao) et Ahney Her (PHOTO / Sue) offrent une vraie répartie à l'expérience énorme de Clint. Ce trio permet au spectateur d'apprécier un vrai moment de cinéma : celui qui part d'un constat ordinaire pour proposer des envolées fraternelles et des bonheurs simples.

Comme le cinéma US s'en est tant éloigné depuis deux décennies, hormis les moments de bravoure permis actuellement par les anciens acteurs reconvertis à la réalisation (Sean Penn entre autres) ou les anciens tourneurs de spots et vidéoclips comme Michel Gondry ou Paul Thomas Anderson. Les instants de vie, les rencontres de parcours, au cinéma, qu'ils soient bons ou mauvais, restent une valeur sûre à ne jamais oublier. A 79 ans, Clint Eastwood a encore fait le métier, enchaînant cette réussite comme réalisateur-acteur sur la réussite même de "L'Echange". C'est-à-dire vite et bien.

Chapeau bas l'artiste !
Auteur :Frédéric Coulon
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