Critiques

Green Book : Un périple à travers les clichés racistes

La critique du film Green Book

Par Alexa Bouhelier Ruelle

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Mahershala Ali est le docteur Donald Shirley


Réalisé par Peter Farrelly, "Green Book" développe l’histoire de Mahershala Ali et Viggo Mortensen : un pianiste afro-américain et son chauffeur/garde du corps d’origine italienne alors qu’ils traversent le Sud des États-Unis pour une tournée de concerts.

Le titre fait référence au livret considéré vital pour les voyageurs afro-américains dans les états du sud sous les lois Jim Crow. Si vous n’en avez jamais entendu parler, vous êtes surement né(e)s bien après le mouvement des droits civils aux États-Unis, ou alors vous êtes venu(e)s au monde avec ce que l’on appelle des « privilèges blancs ». C’est pourquoi "Green Book" est un nom parfait pour un voyage pas comme les autres.

Une telle histoire n’a jamais été portée à l’écran. Cependant elle est tout à fait prévisible. Avec seulement un twist surprenant : quand le générique de fin débute, on peut lire « réalisé par Peter Farrelly » ! Oui, le film est dirigé par la moitié du duo derrière "Dumb and Dumber" et "Mary à tout prix". Cette comédie dramatique n’est pas le genre de film que l’on attend du réalisateur. Toutefois, cette histoire attachante suit la recette à la lettre et le résultat est probant !

Le film développe un regard touchant et intelligent sur les problèmes de classe et raciaux aux États-Unis. Il est nostalgique d’une ère révolue dans le cinéma Hollywoodien. Ressuscité au 21ème siècle, avec deux des meilleurs acteurs travaillant aujourd’hui, et qui élèvent la narration bien au-dessus de la moyenne.

Prouvant qu’il est capable de combiner tous les genres à sa disposition, Viggo Mortensen ajoute une nouvelle flèche à son arc, tel un caméléon. Nous avons rarement la chance de le retrouver dans des rôles plus comiques. Cependant, son sourire en coin nous fait tomber sous le charme d’un homme très loin d’être politiquement correct.

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Viggo Mortensen

"Green Book" dépeint parfaitement l’irrespect sous-jacent envers les noirs dans les états du Sud, mais aussi dans la ville de New-York. Mortensen habite le personnage avec une authenticité inépuisable, particulièrement dans un monologue ou il affirme à Ali qu’il est « plus noir que lui ».

Nous retrouvons Mahershala Ali, après sa consécration aux Oscars pour "Moonlight". "Green Book" l'autorise à transformer un personnage qui aurait très vite pu tomber dans la caricature, en un être réel et tangible. Un artiste brillant, mais incapable d’exprimer pleinement toutes les facettes de sa personnalité. Don Shirley est à un carrefour racial au sein des États-Unis : il n’est pas assez « blanc » pour les blancs et est reconnu trop éduquer pour faire partie de la communauté noire de l’époque.

En effet, "Green Book" expose donc  l’amitié grandissante entre deux hommes que tout oppose. Farrelly traite le scénario avec assurance, où chaque instant compte. Malgré quelques moments de surdosage dans le personnage du « chevalier blanc », le scénario maintien un certain équilibre entre les deux personnages.

Peter Farrelly contrôle le film entre humour et sarcasme, des émotions présentes dans plusieurs de ses réalisations en collaboration avec son frère Bobby. Enlevez le burlesque et il n’y a pas une grande différence dans la trajectoire émotionnelle entre "Mary à tout prix" et "Green Book". Les deux films traitent d’hommes confiants qui, soudainement, se connectent par le biais de leurs sensibilités respectives.

Produit avec l’élégance et l’économie des classiques d’Hollywood, "Green Book" avance à travers une bande originale qui accompagne les toiles de bars enfumées au milieu des grands espaces américains, créée par Sean Porter. Le thème principal du film s'intéresse avant tout à deux hommes si différents culturellement et qui arrivent à se respecter mutuellement, en suivant un code d’honneur, d’honnêteté et d’intégrité personnelle.

Ainsi, "Green Book" suit la veine des "Figures de l’Ombre". Néanmoins, le film n’est pas la solution au racisme qui gangrène les États-Unis. Il est au fond un simple rappel : passer du temps avec des personnes différentes, même si c'est seulement dans l’obscurité d’une salle de cinéma, peut être bénéfique pour combattre les préjugés.

Vous avez aimez cette critique ? Voici maintenant un replay de notre magazine radio Les Aventuriers des Salles Obscures dans le cadre duquel nous avons largement évoqué  "Green Book" :


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