31 octobre 2020
Critiques

Green Book : Voyage en terrain connu

Critique du film Green Book : Sur les routes du Sud

Par Barthélemy Cabusel

Après avoir enchaîné le succès avec des comédies potaches (Mary à tout prix, "Dumb and Dumber") entre frères, Peter Farrelly se lance cette fois seul à la réalisation sur un autre registre, celui de la comédie dramatique dans "Green Book".

Dans les années 60, un musicien de génie, Don Shirley, et un videur quelque peu raciste reconverti comme chauffeur, Tony Lip, se rencontrent et se lancent dans un périple vers le Sud profond des Etats-Unis pour une série de concert.

Un schéma narratif qui a l’air bien classique et déjà vu en soit, à l’exception que le musicien, aussi doué soit-il, est noir. Et ça, dans les sixties aux Etats-Unis, au moment des lois ségrégationnistes Jim Crow, ça ne passe pas du tout.

Le film ne se contente donc pas d’être un récit d’amitié, il devient une ode à la tolérance et à la beauté, dans tous les sens du terme. La mise en scène se doit donc de servir les propos du film, que ce soit par les décors, les musiques ou les costumes.

Le but est de nous plonger dans l’ambiance de cette époque, but atteint tout au long du film. La bande-son, dans les musiques composées pour le film ou pour les chansons d’époque, est parfaitement choisie. Les décors sont eux fidèles au possible à l’esthétisme de cette ère. Les campagnes américaines parcourues tout au long du voyage rappellent tantôt le calme et la sérénité du musicien, tantôt la rudesse du chauffeur.

C’est bien là aussi l’objectif du film, appuyer sur la dichotomie des personnages, ou même « les » dichotomies. Chaque nouvelle scène est l’occasion d’apporter une nouvelle opposition entre les personnes présentes. On retrouve bien sûr l’opposition entre blancs et noirs, signe du racisme transpirant de tous les pores américains.

Le réalisateur trouve en une nouvelle péripétie un prétexte pour insérer un stéréotype raciste, plus ou moins explicite et gratuit, pour frapper le musicien, et le spectateur au passage. Une fissure entre noirs et blancs évidente, mais aussi entre Shirley et les autres personnes de couleurs. Totalement à part, il ne peut s’insérer et reste à distance des autres, qui eux-mêmes ne veulent pas de lui. Non seulement on reconnait le racisme envers et entre les personnes de couleurs, mais aussi envers Tony directement, étant immigré italien.

C’est donc à travers autant de xénophobie que les deux personnages vont se rapprocher au cours de leur périple, et commencer à se partager leurs visions du monde. D’un côté, un homme cultivé, intelligent, fin, long et distingué. De l’autre, un bourrin empâté, vulgaire et simple.

C’est deux entités radicalement différentes vont forcément se confronter et tenter de se dominer l’une et l’autre, mais c’est bien tous ces stéréotypes juchant leur parcours qui vont les lier. Chacun va influencer l’autre et apporter de nouvelles facettes à sa personnalité. Un goût pour les arts et la tolérance qui se développent chez Tony, un décoincement nécessaire et le sens du partage familial qui naissent chez Shirley.

Et forcément, lorsque l’on concentre la narration du film sur deux personnages le plus souvent en huit-clos, les acteurs sont essentiels pour faire tenir la narration. Si Peter Farrely cherchait l’idéal, il n’aurait pu trouver mieux que Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Parfaitement moulés pour leur rôle, les deux acteurs nommés aux Oscars démontrent encore une fois qu’ils arrivent à changer de registre d’une façon déconcertante et pourtant toujours juste. Par leur accent et leur diction, ils retranscrivent parfaitement, mais si simplement, leur opposition sociale fondamentale.

Les touches d’humour apportées par le personnage de Viggo Mortensen désamorcent la gravité des thèmes abordés et la beauté des mélodies jouées par Mahershala Ali subliment un peu plus l’importance de la musique dans le film.

Dans une certaine ressemblance avec "Intouchables", où les rôles seraient inversés, Green Book nous raconte l’histoire vraie d’un homme qui n’aura pas été assez noir pour être accepté par les siens, et pas assez blanc pour être respecté par les autres.

Pari totalement réussi pour Peter Farrelly, qui ne livre pas juste un simple Feel-Good Movie contre le racisme, mais s’essaie à rappeler autant sur le fond et sur la forme que l’humanité est sûrement la plus belle des nationalités.

Vous avez aimez cette critique ? Voici maintenant un replay de notre magazine radio Les Aventuriers des Salles Obscures dans le cadre duquel nous avons largement évoqué "Green Book" :



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