23 octobre 2021
Critiques

Hacker : Le film fait débat

Six ans après "Public Enemies", un réalisateur à l'aura certaine est de retour : Michael Mann. Avec "Hacker", il propose un cyber thriller emmené par Chris Hemsworth. Une belle affiche pour un film qui fait débat.

Michael Mann. Le réalisateur de "Heat", de "Miami Vice", de "Ali" et de "Collatéral" entre autres. Vous n'avez peut être pas vu tous ses films, des longs métrages qui ont donné au réalisateur américain un bel aura. C'est un des réalisateurs attendus, un des cinéastes dont les cinéphiles attendent beaucoup. Un metteur en scène qui a d'ailleurs la particularité d'être une référence chez les cinéphiles tout en n'ayant pas encore véritablement rencontré le grand public. Le gros succès qui l'inscrira dans les mémoires de tous, cinéphiles ou non, se fait attendre. Et ce n'est pas "Hacker" qui changera la donne au vu de son relatif anonymat en salle aux États Unis lors de sa sortie américaine à la mi-janvier. Dommage, car c'est Michael Mann quand même. Cinéphile depuis quelques années, je n'ai pas vu tous ses films, mais ce que j'ai vu m'amène à espérer voir en "Hacker", la grosse claque cinématographique de ce début d'année. De plus, il s'attaque à un sujet actuel, la cyber criminalité, c'est parfait pour contenter la part de geek qui est en moi. Sans oublier la curiosité du film, celle de voir Thor jouer le premier rôle dans l'espoir qu'il soit plus doué clavier en main qu'avec son marteau.

Le film commence et dès les premières minutes, deux éléments me sautent aux yeux. Le réalisateur américain aborde son sujet avec la volonté de le rendre accessible et qui plus est, de manière graphique, visuelle. Le visuel justement, avec les premiers plans sur le héros, m'assure d'une chose : il y a bien une volonté d'imposer un style. Dès les premiers plans serrés sur le héros, c'est comme si vous aviez un message d'avertissement qui défile en bas de l'écran : « Attention le film que vous allez voir est réalisé par quelqu'un qui sait se servir d'une caméra ». Un bon départ donc. La suite le confirme, du moins pour la réalisation. Au bout d'une heure environ, je regarde ma montre. Mauvais signe. Je sens bien que je ne suis pas hyper capté. Que se passe-t-il ?? C'était bien parti et voilà que devant ce hacker qui cherche à comprendre qui est derrière des cyber-sabotages, enquête entrecoupée d'un peu de sensualité et d'action, l'attention diminue. La tension aussi d'ailleurs. Le problème est là.

À la sortie de la salle, l'impression générale est mitigée. D'autant plus au moment d'écrire ces lignes, alors que certains ont déjà crié au génie. C'est vrai qu'il était là ce génie, mais il n'a fait que passer dans certaines scènes. Hong Kong de nuit par la caméra de Michael Mann par exemple, il faut reconnaître que ce n'est pas mal du tout, de même que les fameux gunfights, d'ailleurs trop peu nombreux à mon goût, mais signés du génie. La réalisation dans son ensemble à une empreinte, une signature qui amène une certaine sophistication. Si elle n'est pas toujours appropriée, elle a le mérite d'exister, car oui "Hacker" est bien un film réalisé par un grand réalisateur. Du côté des acteurs, sans être extraordinaire, Chris Hemsworth tient son rôle de belle manière alors que les amateurs de séries prendront sûrement plaisir à reconnaître les acteurs ou actrices des seconds rôles. Pas d'erreurs de frappes ou de lignes de codes fausses sur ce point, mais pas coup de maître non plus.

Avec son aura, le maître me laisse sur ma faim. Je n'ai pas eu la grande claque que j'attendais. Le fait, par exemple, de ne pas me surprendre de voir venir à des kilomètres une scène d'explosion, me dérange. Le traitement du sujet, avec certaines facilités histoire de ne pas faire trop compliqué, me déçoit. D'autant plus lorsque les retours des spectateurs amènent des critiques du genre « ces histoires d'ordinateurs, je n'ai rien compris », c'est donc raté sur ce point. Pourtant, la plus grande déception de ce film n'est pas là. Elle tient en une phrase, dans l'une des dernières scènes du film. Le bras droit du grand méchant de l'histoire se retrouve face au héros et lui avoue : « Personne n'a jamais était aussi près de lui (de son boss) ». Un exploit donc qui, pourtant, passe presque inaperçu tant le chemin pour en arriver là a semblé « normal ». Un élément qui met le doigt sur le problème majeur de "Hacker". Son scénario. Le duel évoqué entre le héros et le boss que personne n'a jamais vu tant il est doué, est un axe narratif parmi d'autres.

Entre un contexte politique, une histoire d'amitié puis de cœur. Le scénario se disperse et du même coup disperse la tension, le suspense et l'attention du spectateur. C'est d'autant plus frustrant que le potentiel était là, avec cette idée de combattre un méchant hacker (appelé "Blackhat", titre original du film) par un autre méchant hacker. Vaincre le mal par le mal comme on dit. Or ce mal est bien trop édulcoré et bien trop facilement arrêté pour amener cette fameuse tension qu'on est en droit d'attendre d'un film de Michael Mann.

Avec sa réalisation signée d'un réalisateur pour le moins talentueux, et le nom de Michael Mann qui y est associé, "Hacker" sauve les meubles. Pas sûr que l'issue soit la même avec un autre réalisateur. Le cinéaste américain peut compter sur son aura pour attirer un minimum de public et sur Chris Hemsworth pour attirer les curieux. Le cinéaste américain devrait tout de même faire attention. Si on regarde de trop près la fiche de son film, s'apercevant qu'il a également coécrit le scénario, son aura pourrait bien être piratée. Ça serait dommage…

Auteur :François Bour
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