22 octobre 2019
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Hannibal : Le bon docteur est de retour !

Il y a maintenant dix ans, en matière de film horrifique, le spectateur moyen pensait avoir atteint le sommet avec la sortie du film de Jonathan Demme : "Le silence des agneaux". Hannibal Lecter, qui n'était pourtant pas le personnage central de ce premier opus, était devenu sans conteste le serial killer le plus terrifiant de toute l'histoire des meurtres en série. Aussi, l'idée d'une suite apparaissait, au premier abord, peu envisageable. C'était mal connaître ce vieux pirate de producteur qu'est Dino de Laurentis. Ce dernier pris contact avec Thomas Harris pour qu'il écrive une suite cohérente à l'affrontement teinté d'attirance mutuelle entre Clarice Starling et Hannibal Lecter. Le roman fut publié en 2000, comprenant 700 pages truffées de surprise et de suspense.              

Dirigé par Ridley Scott, qui a donné ses lettres de noblesse au film de terreur avec "Alien", en 1979, la suite tant attendue du film de Demme tient nombre de ses promesses. Tout d'abord, par l'évidente qualité plastique de la mise en scène. Scott est un esthète, formé aux beaux-arts, et qui n'a jamais renié cette formation initiale. On peut ainsi observer une continuité dans la composition de ses plans et la maîtrise de son cadre, depuis "Blade Runner" jusque "Traquée". "Hannibal" ne déroge donc point à cette règle et la localisation de l'intrigue dans la ville de Florence permet au cinéaste d'origine britannique de concevoir une succession de séquences reflétant ce qu'est Florence, en l'occurrence le repaire idéal de Lecter. Cette ville italienne a connu, en raison de son histoire, un enchevêtrement d'événements tragiques et extraordinaires à la fois. Place forte de la Renaissance et lieu d'affrontements politiques débouchant sur les pires atrocités, Florence constitue le décor idoine pour accueillir Hannibal Lecter, ce monstre tant fasciné par la beauté des oeuvres florentines.              

Le film répond également à notre attente quant à l'affrontement inévitable entre Starling et Lecter. Les rapports particuliers entre la proie et le chasseur du FBI qu'est Starling, ces liens étroits entre deux personnages que tout oppose et qui ne semble pourtant pouvoir se passer l'un de l'autre, constituent l'axe majeur sur lequel s'appuie Scott pour développer son intrigue. Le spectateur sait, dès le départ, que les retrouvailles concluront le film. Toutefois, cela se terminera-t-il par un carnage ? Lecter se laissera-t-il aller à ses vils instincts ? A ce titre, l'une des dernières scènes apporte une réponse édifiante.              

Il est de même acquis que l'intérêt de cet affrontement réside pour beaucoup dans la qualité de l'interprétation. Nulle inquiétude ne pointait à l'horizon au moment de l'élaboration du casting quant au choix d'Anthony Hopkins, tant ce dernier avait marqué Lecter de son empreinte. Par contre, l'appel aux services de Julianne Moore en remplacement de Jodie Foster pouvait laisser perplexe. Au final, vous n'avez aucun souci à avoir en tant que futur téléspectateur puisque cette actrice nous livre une composition vibrante et aboutie de Clarice Starling. Elle parvient, en quelques secondes, à nous faire accepter le passage du temps et l'évolution de l'agent Starling dans ses fonctions. Tout aussi impressionnante est la composition de Gary Oldman dans le rôle de Mason Verger. Les tourments qui l'agitent et son désir de vengeance sont magnifiquement traduits par son horrible et fascinant visage. Entouré d'oeuvres d'art, symbolisant sa beauté perdue mais mutilées elles-aussi, tout comme lui, Verger ne vie que pour le moment, où, Lecter à sa merci, il pourra le faire mourir de la pire des façons.              

En définitive, se pose la classique question de la comparaison avec le film de Jonathan Demme. Le second est-il meilleur que le premier ? Comparaison n'est pas forcément raison. Demme avait fait le choix du thriller psychologique. Scott a fait celui du thriller horrifique qui n'évite pas les scènes-chocs, peu nombreuses au fond, ce qui renforce leur impact. Qui plus est, il nous livre une ultime rencontre finale entre Lecter et un jeune garçon dont le propos est bien plus terrible que tout ce que l'on a pu voir durant les deux heures écoulées.

Magnifiquement soutenue par la partition musicale de Hans Zimmer qui, pour une fois, a délaissé le style pompier qui est le sien, "Hannibal" est globalement une réussite où le seul regret réside dans une séquence de fusillade qui ouvre le film et dont on n'en saisit pas l'absolue nécessité.

Auteur :Christophe Dordain
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