21 janvier 2022
Critiques

Haute couture : un duo attachant

Par Marine Fersing


Avec son deuxième film, "Haute couture", Sylvie Ohayon nous ouvre grand les portes du monde de la mode de luxe. Pendant 1h40, sa caméra arpente les couloirs d’un atelier de la maison Dior. Plutôt que de s’intéresser aux grands noms de cette maison, la réalisatrice préfère se pencher sur l’histoire des couturières, trop souvent laissées dans l’ombre. 

"Haute couture" ne perd pas de temps. Très rapidement les spectateurs plongent dans le quotidien des petites mains qui permettent aux grandes maisons de couture de rayonner. Le métier des personnages n’est en aucun cas idéalisé. Il faut faire preuve d’une très grande minutie et c’est une profession qui prend beaucoup d’espace. Malgré ce qui peut sembler être un sacrifice, l’amour des belles choses triomphe dans ce film. Sylvie Ohayon y dresse le portrait de femmes et d’hommes passionnés. Dans ce monde bien rangé arrive une jeune femme, Jade (Lyna Khoudri). La première fois qu’elle rencontre Esther (Nathalie Baye), sa future mentor, c’est dans le métro pour lui voler son sac. En découvrant les dessins des robes Dior d’Esther, Jade décide de se rendre à l’atelier pour lui rendre ses affaires.

Commence alors une profonde histoire d’amitié entre les deux femmes. D’un côté, Jade découvre le métier de couturière. Elle trouve en Esther une figure d’encouragement qu’elle cherche depuis plusieurs années. De l’autre, Esther voit en la jeune femme la possibilité de transmettre une dernière fois sa passion pour les tissus. En somme, un moyen de réussir, enfin, à être une figure maternelle pour quelqu’un. Les deux femmes ont besoin l’une de l’autre. Leur relation et l’une des grandes beautés de ce film. 

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Nathalie Baye et Lyna Khoudri - Copyright UGC Distribution
L’envie de réussir

L’intrigue de "Haute couture" se noue entre deux femmes venant de deux milieux sociaux totalement différents. Jade vient de la banlieue du 93 et Esther, même si elle n’habite pas Paris intra-muros, côtoie par son travail la société bourgeoise. Cette situation mène, au départ, à une incompréhension entre les deux personnages. Au tout début du film, il s’agit même d’une fracture entre Jade et Esther et il est légitime de redouter que le film ne sombre dans une traditionnelle dichotomie entre la banlieue et Paris.

Au fil du film, l’amour de la couture finit tout de même, pour notre plus grand plaisir, par prendre le dessus. Jade est une jeune femme avide d’apprendre et en tant que spectateur, nous ne pouvons que lui souhaiter d’exceller. Même si le film peut, au premier regard, s’apparenter au conte de fée, la réalisatrice ne porte pas un regard naïf sur cette histoire. Les difficultés que rencontre le personnage de Jade, en raison de son origine sociale, ne sont pas cachées. Au contraire, elles sont dénoncées. 

"Haute couture" est porteur d’espoir, ce qu’incarne le personnage de Catherine (Pascale Arbilot), elle-même issue de la banlieue et qui épaule Jade à son arrivée. L’un des grands atouts de ce film est aussi de garder au centre de l’intrigue le métier de couturière. La vie privée des deux protagonistes est importante, mais le film ne perd à aucun moment son sujet. L’aventure de Jade dans ce nouveau monde est semée de doutes, mais chacun d’entre eux est présent pour une bonne raison. Le scénario est donc bien équilibré ce qui rend le film agréable à regarder. "Haute couture" est un beau moment d’élégance et d’espoir porté par deux actrices, Nathalie Baye et Lyna Khoudri, très attachantes et émouvantes. 

Si vous aimez le travail des étoffes, le film sera un vrai régal pour vos yeux, les gros plans sur les tissus nous permettant d’admirer le moindre détail. Si vous n'êtes pas particulièrement sensible à l’art de la mode, "Haute couture" vous offrira tout de même une parenthèse de beauté dont vous sortirez avec le sourire.


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