19 septembre 2021
Critiques

Hippocrate : Bel hommage

Benjamin (Vincent Lacoste), jeune interne de 23 ans qui entame son stage de 6 mois dans l'hôpital où son père (Jacques Gamblin) exerce. Il y rencontre un autre interne, Abdel Rezzak (Reda Kateb), d'origine algérienne, plus expérimenté. Nous découvrons à travers leurs yeux, le difficile apprentissage de la vie d'un service de médecine interne sous tous ses aspects : relations avec les médecins titulaires (dont Marianne Denicourt) et les infirmières, longues nuits de garde, contact avec les patients et leurs familles, rites initiatiques de réfectoire,…

Instructif et convaincant dans la description du quotidien "Hippocrate" est un film est très immersif : les rares sorties que l'hôpital autorise à la caméra sont soit fulgurantes (Benjamin passe une nuit chez sa mère mais on ne la croise pas) soit dangereuses pour les personnages. Comme dans un documentaire (dont la mise en scène emprunte souvent les codes), l'aspect « assistance sociale et psychologique » de la santé publique est assez bien détaillé. Le jeu de Vincent Lacoste (plus nuancé que celui de Reda Kateb) ramène de ses expériences avec Riad Sattouf un personnage post-adolescent et lunaire, qui enrichit parfaitement le premier propos du film : on y voit bien qu'il est assez compliqué de passer des études au monde du travail (qui en fait l'expérience a l'impression de revenir au Cours préparatoire quand il faut acquérir des méthodes et ré-apprivoiser ses proches collègues – le film en décrit assez bien les tourments).

 "Hippocrate" tente à plusieurs endroits un plaidoyer pour la défense de l'hôpital public, mais échoue souvent par des dialogues didactiques, un manichéisme stérile cinématographiquement (même si le constat d'une opposition entre qualité de service public et exigences comptables est réel) voire un montage maladroit quand il s'agit de filmer l'improvisation d'une « assemblée générale », chargée de ré-intégrer un interne. En revanche, on est plus convaincu par la justesse du propos sur l'euthanasie, justement parce que le cinéma y reprend ses droits : témoigner avec une émotion réelle de l'absolu philosophique et éthique que représentent la douleur humaine et la fin de vie.

"Hippocrate" se fait aussi le relais d'une encourageante idée du travail collectif : une grande force de solidarité dans toutes les adversités. Savoir reconnaître quand un confrère a raison sur une thérapie, savoir parler collectivement face aux patients et aux familles, parfois même « couvrir » un autre interne quand il a fait une erreur de jugement. Le corollaire de cette entraide est qu'une fois les problèmes résolus, il faut s'expliquer, se justifier, s'excuser d'avoir mal parlé. La parole est ainsi libre, comme rarement au cinéma. Les abcès sont vite crevés. C'est que le médecin/père le dit très bien à son interne de fils : « on n'est pas des sur-hommes ».

Enfin, "Hippocrate" rend hommage aux personnels hospitaliers, à ce qui semble être pour le réalisateur une saine obsession : l'importance du mot « responsabilité ». En creusant sérieusement les dilemmes auxquels la médecine est confrontée, on se rend bien compte que ces professions sont peu ou mal considérées. L'obsession est communicative car, en sortant de la salle de cinéma, dans les rues pleines de panneaux publicitaires, de boutiques de smartphones et de prêt-à-porter, le seul mot qui vient à l'esprit par opposition est : futilité.

Auteur :Frédéric HaussTous nos contenus sur "Hippocrate" Toutes les critiques de "Frédéric Hauss"

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