Critiques

Histoire de Marie et Julien : Critique

Dans le courant des années 70, Jacques Rivette avait eu l'idée d'une tétralogie, 4 films tournés à la suite correspondant chacun à un genre bien précis: une histoire d'amour ("Marie et Julien"), une comédie musicale, un western ("Noroît") et un film fantastique ("Duelle"). Les deux derniers seulement ont été tournés, Marie Julien fut interrompu au bout de deux jours de tournage en août 1975. 28 ans après donc, Rivette (avec ses deux co-scénaristes Pascal Bonitzer et Christine Laurent) fait resurgir de l'ombre cette étrange histoire d'amour avec "Histoire de Marie et Julien".  

Rivette a souvent alterné les films fantaisistes et des films plus austères. "Histoire de Marie et Julien" appartient à la seconde catégorie et rejoint en cela "La belle noiseuse" ou encore "Secret défense", deux films où apparaissaient respectivement Emmanuelle Béart et Jerzy Radziwilowicz, les interprètes de ce nouvel opus. Alors que "Va savoir" (sorti il y a deux ans) était une comédie chorale jubilatoire en forme de chassé-croisé amoureux, "Histoire de Marie et Julien" est pratiquement un huis-clos qui se joue entre deux personnages: un spécialiste en horlogerie et une mystérieuse jeune femme qui fait de nouveau irruption dans sa vie un an après leur première rencontre. A ce duo s'ajoute un troisième personnage Madame X (Anne Brochet), victime d'un chantage orchestré par Julien.

On retrouve comme toujours chez Rivette ce goût du complot, du mystère et des objets-clés, ici une poupée chinoise, des morceaux d'étoffes, une photo, une lettre… Le cinéaste parvient durant la première partie du film a instaurer un climat d'étrangeté avec un jeu d'ombre et de lumière, un mélange de rêve et de réalité… On a sans cesse l'impression d'être devant des individus fantomatiques et ce sentiment est confirmé lorsqu'on apprend que Marie est une « re-vivante » revenue d'outre-tombe. L'histoire d'amour fou se transforme alors en conte fantastique. Mais une fois le couple réuni dans la maison de ce vieux garçon horloger, Rivette semble piétiner et les scènes se répètent inlassablement. Des scènes charnelles succèdent à des longues scènes où Marie joue les décoratrices dans une des chambres de la maison (pour une raison bien précise…) pendant que Julien répare ses horloges.  

On comprend parfaitement le dessein de Rivette (un film sur le couple où chacun doit se débarrasser de son passé pour vivre sereinement le présent…) mais la banalité des scènes ne procure finalement qu'ennui. Cette passion mortifère croule sous les références cinéphiliques (on pense bien sûr à "Vertigo" d'Hitchcock ou encore "Le secret derrière la porte" de Lang), et littéraires (Proust ou des contes comme Barbe-Bleue) mais jamais on ne parvient véritablement à croire à cette union tant l'attirance de Marie pour Julien paraît inattendue et peu crédible. De plus, l'histoire avec Madame X s'avère un peu gratuite et même inutile car elle n'enrichit nullement l'intrigue principale. Mais le véritable problème vient peut-être du fait que Rivette évolue dans un registre qui n'est pas le sien et qu'il ne maîtrise pas. Certaines scènes frôlent le ridicule comme ce final où les larmes de Marie ramènent la vie dans son corps… 

Porté par le duo d'acteur et sublimé par l'immense Emmanuelle Béart, "Histoire de Marie et Julien" se révèle malgré tous ces mystères n'être qu'un film creux au traitement tellement austère qu'il empêche toute émotion de surgir. Il reste de beaux moments mais l'ensemble est tellement atone qu'il décevra ceux qui avait adoré l'allégresse et le charme de Va savoir. Rivette a en parti raté son film et on se dit qu'il aurait mieux fait de laisser ce vieux projet au fin fond d'un tiroir. Sur le thème de l'amour au-delà de la mort, mieux vaut voir ou revoir le chef-d'œuvre d'Alain Resnais, "L'amour à mort", réalisé en 1984.

Auteur :Christophe RousselTous nos contenus sur "Histoire de Marie et Julien" Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

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