16 septembre 2021
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Holy Lola : La vie et rien d’autre

Alfred Hitchcock affirmait, non sans pertinence, qu'un bon film était aussi un documentaire sur l'endroit où se déroulait l'histoire. Cette remarque peut traverser l'esprit du spectateur au terme de l'éprouvant voyage raconté par le nouveau film de Bertrand Tavernier, "Holy Lola", qui emmène un couple au Cambodge afin d'y adopter un enfant.

Etrangement, le plus intéressant de ce film raté n'est pas le parcours du combattant de Géraldine et Pierre (Isabelle Carré et Jacques Gamblin) dans la jungle de l'adoption mais ces instants suspendus, saisis avec acuité par le cinéaste, où la narration s'interrompt et laisse pénétrer un peu de réel dans la fiction. Comme cette belle ouverture dans les rues de Phnom Penh baigné par la mousson ou ces respirations trop rares, dans un récit plombé par le didactisme, sur lesquelles se pose l'admirable partition musicale d'Henri Texier.

Des images brèves et fragiles, empreintes d'un vrai regard, où circule un peu de vie dans un film étouffant non pas en raison de l'interminable attente des futurs parents en quête d'un enfant, mais parce que le cinéaste s'enferre dans un scénario démonstratif où chaque scène, et la moindre réplique, participent d'une volonté d'appuyer la thèse d'un pays et d'un système gangrené par la corruption. Si bien qu'au terme de ce (trop) long film qu'est "Holy Lola", nous effleure la question de savoir pourquoi n'avoir pas fait un documentaire, dont la force aurait été indéniable, plutôt que cette histoire truffée de passages obligés dont on finit par se lasser.

Malgré l'évidente bonne volonté des comédiens, les dialogues sonnent souvent faux parce que lestés de leur charge informative nécessaire au bon déroulement de la thèse. Mais le plus surprenant demeure cette absence de rythme dans l'itinéraire accidenté d'une petite communauté française au coeur des us et coutumes, parfois indéchiffrables pour un Occidental, de potentats locaux qui usent et abusent de leurs (maigres) pouvoirs. Certes, le mouvement intérieur de "Holy Lola" épouse parfois l'attente interminable vécue douloureusement par ces candidats à l'adoption (crises de nerfs et crises de couples se succèdent) mais jamais, ou trop rarement, le spectateur ne ressent leur aspiration vitale à fonder une famille, fût-ce au prix de compromissions ou de pots de vins. D'ailleurs, "Holy Lola" aurait peut-être gagné à s'immerger dans cette quête quasi obsessionnelle d'un couple prêt à beaucoup de renoncements et sacrifices pour étreindre un enfant dans ses bras.

A trop se plier aux intentions du scénario, Bertrand Tavernier hésite entre le film à thèse et le faux documentaire puis finit par abandonner en route toute ambition cinématographique. Ce film passionnera sans doute un public interpellé de près ou de loin par le sujet mais décevra ceux qui avaient apprécié le souffle romanesque de son précédent film, "Laissez-passer".

Auteur :Patrick BeaumontTous nos contenus sur "Holy Lola" Toutes les critiques de "Patrick Beaumont"

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