21 novembre 2019
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Holy Motors : La critique du film

Le grand oublié, la vraie injustice du dernier palmarès cannois, c'est lui. Le "Holy Motors" de Leos Carax, fable fantastique autour du cinéma, du jeu et des apparences. Un Ovni qui mérite le détour, et qu'on s'y perde un peu.C'est peu dire que Leos Carax ne ressemble à aucun autre.

Le cinéaste français est passé par toutes les étapes, du petit prodige encensé par la critique à celui que l'on adore détester, en passant par le réalisateur le plus perdu dans ses envies d'images et sa mégalomanie.

Allant ainsi jusqu'à faire reconstruire le quartier du Pont Neuf à Montpellier pour y filmer ses "Amants", Juliette Binoche et Denis Lavant. Une folie au budget passé de 30 à 200 millions de francs, et un échec commercial. Difficile de s'en remettre ?

De fait, Leos Carax devient le réalisateur le plus raillé de sa génération, et "Pola X" n'arrange rien. Scandale à Cannes, le film est un nouvel échec. Sa réputation devient aussi forte qu'impossible.

Un réalisateur à la caméra virtuose, qui n'a de cesse de revisiter le cinéma coûte que coûte, mais qui porte la marque d'une malédiction : celle du « non-public ». Impossible de renouer avec ce dernier, impossible de se faire comprendre.

Et Leos Carax disparut. Ou presque. Survivant dans quelques segments de « films à sketches », et quelques rares apparitions, l'enfant maudit du cinéma français se faisait discret, peinant, en réalité, à intéresser les producteurs. Qui lui font très peu confiance, vu son passé.

Et puis la rumeur a enflé. Leos Carax était en train de tourner. Avec son complice de toujours, Denis Lavant. Et Edith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue, entre autres. Intrigant. Un pitch est arrivé, cryptique : « De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille...

Enfin vint la projection. Cannoise bien sûr. Celle qui, à elle seule, justifiait tout le travail d'un festival, voué à donner une place aux films « différents ». Et différent, "Holy Motors" l'est. Extrêmement.

Parce qu'il est une histoire complexe, avec donc ce Monsieur Oscar qui se balade dans Paris en limousine, vit de multiples vies. Un acteur ? Un imposteur ? Et que joue-t-il, changeant de visage à loisir ? Il joue.

Porté par un Denis Lavant impliqué corps et âme dans son rôle. Il joue, lui aussi. Tout simplement. "Holy Motors", malgré ce que peut en dire Carax, est un magnifique hommage au jeu, au cinéma, aux acteurs. Pourvu qu'on se laisse embarquer, le film est drôle, surprenant.

Il est aussi immensément réflexif. Et superbement filmé. Leos Carax, qui ouvre son propre film en rêveur s'installant dans une salle de projection, n'a rien perdu de son amour des images et du cinéma. Du sublime cinéma.

Auteur :Fadette Drouard
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