8 décembre 2019
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Hooligans : Le foot se joue parfois avec les poings

A une bonne semaine de l'ouverture de la Coupe du monde de football, distribuer "Hooligans", un film sur l'univers des hooligans, cela s'appelle un bon coup de pub.

D'abord, parce qu'à quelques jours près le film se serait trouvé programmé en plein événement planétaire (il ne fera pas bon en juin d'être un film turkmène). Ensuite parce que les questions de sécurité seront une nouvelle fois au centre de toutes les préoccupations.

Voici donc "Hooligans" ou comment Frodon (Elijah Wood de son vrai nom) quitte l'univers du Seigneur des anneaux pour castagner de l'anglais imbibé de bière.

Qu'apprendre de l'hooliganisme si ce n'est qu'il s'agit de violents pugilats entre des supporters bêtes et ultra-violents ? Derrière les images spectaculaires que passent en boucle les journaux télévisés, se cache une batterie de règles inconnus du grand public.

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice allemande Lexi Alexander invite les spectateurs à les découvrir à travers le regard d'un nouveau venu, Matt (Elijah Wood). Matt, étudiant en journalisme, est viré de Harvard, son colocataire ayant eu la bonne idée de planquer sa drogue dans le placard de Matt. Pour s'excuser, ce dernier lui offre une liasse de dollars contre son silence. Matt part rejoindre sa sœur à Londres et découvre le groupe de « supporters » de Green Street.

Si la situation de départ est peu vraisemblable, c'est qu'elle est simplement une astuce pour introduire le personnage de Matt dans l'univers du hooliganisme. Le regard neuf du jeune Américain permet d'avancer dans le récit tout en expliquant, d'un ton didactique, le fonctionnement de ces groupes.

L'intérêt pour "Hooligans" vient de là, de ce côté "Donnie Brasco". Lexi Alexander feint de mettre le spectateur dans la confidence, de le cacher aux yeux de ses personnages, de le prendre par le bras pour lui montrer ce qui se trame dans les coulisses du football.

La réalisatrice veille à exposer les choses clairement, à différencier les gangs (ceux qui usent d'armes à feu, des « lâches », selon Pete, l'initiateur de Matt) et les groupes de supporters qui, aveuglés par leur folie pour le football, défient ceux qui manquent de respect à son équipe. Pas des criminels, mais souvent des pères de famille, des salariés.

Sur le terrain de "Hooligans", le manichéisme est battu en brèche. Jusqu'à la dernière scène, la lutte finale opposant les supporters de West Ham à ceux de Millslands, autre quartier londonien et ennemi juré, Lexi Alexander ne prend (presque) jamais position.

Par ses acteurs, tous convaincants (Charlie Hunnam en tête, Pete dans le film), par son ton parfois mélo, Hooligans attirera dans ses filets aussi bien les fans de football que les autres. A ceux qui exècrent ce sport, trois remarques en guise de conclusion :

-1)"Hooligans" tisse une histoire à ces petites frappes de Green Street, dans l'esprit de "Gangs of New-York". Il y a un passé douloureux, des figures mythiques, des personnalités complexes. Ce n'est pas un simple film sportif;
-2) vous vous amuserez des différences entre Américains et Anglais, notamment grâce à des dialogues soignés (vive la version originale);
-3) le mois de juin risque d'être long, très long pour vous.


Auteur :Matthieu Deprieck
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