24 novembre 2020
Critiques

Hors Normes : Un film typique sur l’atypisme

Par David Mauqui

Après "Intouchables", Olivier Nakache et Éric Toledano s'appuient à nouveau sur des faits réels pour leur nouvelle production, "Hors Normes", en s'intéressant aux associations qui travaillent à l'inclusion des autistes dans la société. On y suit des éducateurs, des référents ainsi que de jeunes adultes allant des cas les plus lourds (absence de langage, automutilations) aux moins conséquents.

Successivement, on va à la rencontre des parents, représentés par Hélène Vincent et Fatou-Clo, les services médicaux, mais aussi les situations conflictuelles du monde de l'entreprise ou du quotidien. Les séquences sont ponctuées par des entretiens avec des agents de la Santé Publique chargés d'évaluer l'importance et la valeur de l'association.

Sur le plan émotionnel, il est difficile de rester insensible aux situations qui sont présentées sans ambages et prennent aux tripes dès les premières secondes avec la course effrénée de cette jeune fille à-travers une foule indiscernable. L'image des référents qui courent pour la rattraper symbolise l'état d'urgence permanent dans lequel ils vivent pour effectuer leurs différentes missions.

Si globalement "Hors Normes" reste honnête sur le travail de l'association la Voix des Justes (inspiré de l'association Le Silence des Justes), le désert qui existe en termes de structures pour les autistes adultes et les réticences du monde de l'entreprise ou de l'éducation à les inclure, on regrette cependant qu'il maintienne une image d'Épinal de cette condition neurologique atypique en ne présentant que ses manifestations les plus extrêmes. Sur l'ensemble du film, on ne consacre que deux minutes sur la question des aidants, généralement la famille directe, et les difficultés qu'ils rencontrent.

Également, il est curieux qu'en nommant l'association ainsi, on n'ait pas plus donné la parole aux autistes qui sont au cœur du sujet. Même les plans subjectifs semblent peu inspirés puisqu'on s'y contente de flous à peine artistiques et de voix calfeutrées pour évoquer la perception autistique quand il s'agit au contraire d'une surcharge sensorielle. Sur ce plan, on découvrira ou on reverra BenX de Nic Balthazar qui est entièrement vu du point de vue d'une personne autiste ou le plus récent Joker qui, s'il ne nomme ni ne traite de l'autisme, pose directement la question de la place des personnes au profil atypique dans une société qui attend de chacun qu'il soit productif, social bref, qu'il rentre dans un moule normatif.

Point intéressant cependant, on nous présente une association regroupant des juifs pratiquants, des musulmans, des laïcs qui vivent ensemble en harmonie sans que la question des différences ethniques ou religieuses soit posée. La question est même évacuée dans une séquence de fausse drague où le thème religieux est juste utilisé comme un prétexte de conversation et de drague très maladroite. Le nom "La Voix des Justes" fait sans doute référence à un texte fondamental de la Kabbale "La Voie des Justes" ou Messilat Yecharim.

Loin d'être un film prosélyte, on peut s'interroger si la mise en avant du judaïsme n'est pas pour rappeler que les premières victimes des dictatures sont toujours celles et ceux qui sont différents et que bien avant la Shoah les handicapés mentaux connurent un sort funeste sous le Troisième Reich. Dans une société où, paraît-il, on "coûte un pognon de dingue", le débat doit être ouvert sur le modèle de société que nous souhaitons défendre et dans lequel nous souhaitons vivre. En fait, peut-on seulement parler de société dès lors que les minorités en sont exclues ?

Enfin, une note personnelle aux gérants de salles. Il est quand même paradoxal de programmer un film traitant de l'autisme en réglant le son tellement fort qu'il est impossible de s'y rendre lorsqu'on est dans ce spectre.

Pour en savoir plus, un extrait de notre émission Les Aventuriers des Salles Obscures :



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