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Hotel Rwanda avec Don Cheadle : La critique

Le génocide du Rwanda fait partie de ces blessures que l'on ignore parce qu'il est parfois trop dur de regarder la nature humaine en face. Mais il semble que ce qui s'est passé dans ce petit pays d'Afrique (un vingtième de la superficie de la France) il y a maintenant plus de dix ans commence à resurgir. Les adolescents d'aujourd'hui, nés à peu près à l'époque où les massacres ont eu lieu, ont pris conscience de ces atrocités grâce au chanteur Corneille dont les parents sont morts au Rwanda et qui a par chance pu s'échapper au Zaïre (devenu la République Démocratique du Congo), avant de connaître le succès.

Avec son film, le cinéaste Terry George apporte une pierre de plus à notre mémoire. Car bien que ne prenant pas la forme d'un documentaire, "Hotel Rwanda" (distribué par Metropolitan) est le témoignage de Paul Rusesabagina, cet homme qui a sauvé 1268 personnes de la machette des hutus extrémistes.   Mais utiliser la fiction comme forme du film n'empêche pas pour autant le réalisateur de poser les bonnes questions : pourquoi ce génocide a-t-il eu lieu ? pourquoi tant de haine exprimée ? pourquoi tout ce sang versé ?

Loin d'essayer de nous offrir une leçon de morale, Terry George fait dire à Don Cheadle, l'interprète de Paul Rusesabagina, ce qui reste malheureusement trop souvent une vérité : nous ne connaissons pas la cause de ces déchirements. Derrière tout ceci se cache encore et toujours la folie humaine, et "Hotel Rwanda" nous la montre à la fois à grande échelle, avec les séquences de révolte dans les rues, mais aussi d'une façon plus proche de nous avec le personnage de Gregory, dont la nature finira par reprendre le dessus et qui tentera de trahir Paul.  

La réussite non négligeable de ce film réside aussi dans le fait qu'il évite de verser dans le gore. Montrer une multitude de personnages se faire égorger face caméra aurait été trop simple pour nous toucher. "Hotel Rwanda" a donc la finesse de nous épargner cela, préférant à la violence des images celle des dialogues, choisissant la brume comme métaphore de l'enfermement, et utilisant la présence oppressante des hutus extrémistes comme vecteur de suspense.  Et il faut bien souligner "extrémistes". Car ce film a aussi le mérite de ne pas nous offrir une vision manichéenne du monde, avec les méchants hutus d'un côté, et les gentils tutsis de l'autre. Ici rien n'est simple, comme le montre cette séquence glaçante : Joaquin Phœnix, en reporter de guerre, écoute un homme lui détailler les différences physiques entre hutus et tutsis, alors qu'en face de lui il prend pour deux sœurs deux femmes d'ethnie différente.  

Jack, le personnage qu'incarne Joaquin Phœnix, est d'ailleurs notre premier lien avec le génocide parce qu'il s'interroge sur ce qu'il voit, parce qu'il tente de comprendre ce qui se déroule sous ses yeux. Grâce à sa présence nous prenons la mesure de ce qui est en train de se passer car Paul, retranché derrière la naïveté de son optimisme, fait tout pour se voiler la face. Ce n'est que lorsque Jack sera contraint d'abandonner ce pays devenu trop hostile, que Paul comprendra dans quel monde il vit et que tout son courage, toute sa générosité envers les autres pourront s'exprimer. Ce sont ces prises de conscience, ces gifles que les personnages tentent d'encaisser, qui font que "Hotel Rwanda" transpire de douleur. Et c'est en cela qu'il est représentatif de ce qu'a été le génocide rwandais.

Auteure :Marie Guyot
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