21 janvier 2022
Critiques

House of Gucci : Simple mais luxueux

Par Sophie Chomel

 

Après la sortie de "The Last Duel", Ridley Scott revient avec "House of Gucci" et c’est luxueux. Inspiré de la véritable histoire de l’assassinat de Maurizio Gucci, et donc du livre de Sara Gay Forden paru en 2001, « la Saga Gucci : du luxe au meurtre, de la création à la guerre boursière », le spectateur va suivre pendant une assez longue durée son ascension et sa déveine.

"House of Gucci" raconte l’histoire de la célèbre maison de mode et de luxe Italienne, en synthétisant à l’écran les vingt années les plus importantes de la maison des Gucci, sans vraiment prise de risque. Il est question de l’ascension de Maurizio, l’illustration d’un pouvoir et de ses effets au travers d’une famille, les altercations entre les différents membres etc… entre trahison et meurtre, le spectateur est servi. C’est donc l’illustration des prémisses de cette maison. 

Un biopic accessible

Malgré la longueur (2h30) de "House of Gucci", le spectateur est maintenu par un fil toute la durée de l’intrigue. Le rythme est inégal, une première partie est nécessaire pour la mise en œuvre et la présentation de cette famille. La seconde partie est plus molle et beaucoup moins accrocheuse mais nécessaire, c’est en quelque sorte l’ascension et l’évolution de certaines personnalités. La dernière partie illustre la fatalité du mari de Patrizia et son assassinat. 

Porté par un casting quasi parfait, les acteurs sont puissants. Jared Leto est transformé et méconnaissable, Lady Gaga nous offre un jeu complètement différent de son précédent rôle d’Ally au sein de "A Star is Born". Adam Driver n’est plus une surprise il continue de nous surprendre par sa finesse à chacun de ses rôles. Al Pacino et Jeremy Irons viennent couronner le tout. 

Il ne sera pas nécessaire d’être adepte à la maison Gucci pour être apte à suivre le contenu de ce film. Scott réalise un biopic tout à fait compréhensible portée par une simplicité justifiée. C’est aussi la présence d’une soundtrack familière, composé de sons qui ne nous sont pas inconnus. Parmi eux : Sweet dreams de Eurythmics, Heart Of Glass de Blondie, Love to Love You Baby de Donna Summer. 

L’histoire d’une famille influente

Dans "House of Gucci", Ridley Scott nous offre dans une première partie un panel biographique de la maison des Gucci, exposant chacun des personnages. Cela nous permet de comprendre l’environnement de cet Empire familial italien et les connexions entre les différents protagonistes. Patrizia Reggiani, ne fait pas partie de la famille, c’est un membre extérieur. Elle va rencontrer le charmant Maurizio Gucci lors d’une soirée, c’est de là que se dresse lentement une relation entre les deux personnages. Maurizio préfère tirer un trait sur son héritage Gucci mais vivre et se marier avec sa bien-aimée. C’est ce que les deux vont faire.

Malheureusement le père, Rodolfo Gucci tombe malade, c’est pourquoi Patrizia parle avec Aldo Gucci, le frère et deuxième actionnaire de Gucci, afin de faire accéder Maurizio à la tête de l’entreprise. L’influence est aussi témoignée par l’élaboration d’un code couleur mentionné et visible respectant la marque. Le rouge porté par Patrizia symbolise le pouvoir, le vert quant à lui illustre la purification. 

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Lady Gaga et Adam Driver - Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved
Le portrait d’une femme avide de pouvoir

Patrizia, fille d’un entrepreneur routier, est une personnalité changeante dans ce métrage. Elle incarne la figure de la femme forte, qui s’élève aux côtés de son mari influent, en tête de l’une des entreprises italiennes les plus riches de la période. L’ascension du personnage, est visible à l’écran et portée par une Lady Gaga tenace, accrocheuse et avide de pouvoir. 

Avant son rapport à Gucci, c’est une femme amoureuse, imposante mais qui veut pousser son mari vers le haut. Dès que la jeune femme, voit un possible accès au sommet elle devient manipulatrice, et va même se mettre à agir pour lui. Elle l’influence et cherche à apporter de la nouveauté à la marque, tout en l’écartant de sa famille. 

Intelligente, mais ne portant pas le nom Gucci, Patrizia devient une figure dominante et est alimentée par son avidité. Lorsque son mari rompt avec elle, elle incarne une des facettes les plus sombres d’un être humain : la monstruosité. Ce à quoi peut être capable un individu lorsqu’il en vient à être privé de ses richesses et de son pouvoir. C’est aussi de voir un empire contrôlé uniquement par des hommes qui crée chez Patrizia cette envie de dominer.

L’amour maladif

Patrizia et Maurizio tombent tous deux éperdument amoureux l’un de l’autre. Pas à pas, leur relation mûrit et ils se mettent en ménage. Elle permet à son copain de travailler dans l’entreprise de son père, au sein du transport routier. Leur petite vie tranquille s’amorce, mais Patrizia en veut plus, notamment depuis qu’elle sait que l’oncle de son mari peut lui permettre d’accéder en tête de Gucci. L’Amour des deux protagonistes va se renforcer, et se compléter au fur et à mesure de l’accession de Maurizio. Cette obsession pour le luxe et le pouvoir prend le dessus. Patrizia devient une femme beaucoup plus affirmée, et conserve son élégance.

À partir du moment où son mari, est en tête de l’empire Gucci, elle devient possessive, ce qui conduit à un amour maladif. En effet, il ne s’agit plus de sentiments, quoiqu’elle soit toujours présente à ses côtés, enfin devrais je dire derrière lui pour contrôler ses actes et décisions. Ce qui contraint Maurizio d’y mettre un terme. C’est ainsi qu’il se lance dans une toute nouvelle relation avec une autre femme. Face à cela, la « veuve noire », ne va vivre que de haine, et orchestrer l’assassinat de son ex-mari. C’est ainsi, qu’un amour se transforme en vengeance.  

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Al Pacino - Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.
Le contraste riche/ pauvre

Au début les deux protagonistes n’ont pas vraiment grand-chose pour être ensemble, l’un est riche et descend d’une célèbre entreprise de luxe, l’autre travaille dans l’entreprise routière familiale de son père. L’un souhaite de devenir avocat et est érudit, quant à l’autre c’est tout l’inverse. Pourtant le destin les a réuni, enfin, un destin forcé par Patrizia.

En effet, bien qu’elle ne soit issue d’une classe plus ou moins moyenne, elle va réussir à s’immiscer dans le quotidien d’un homme riche. Par sa manipulation, elle va contrôler un homme qui jusque-là n’était que trop externe aux autres, un individu fantomatique acquiesçant et ne s’affirmant que trop peu. En vérité, si Maurizio reste en dehors de cet empire, c’est parce qu’il en connaît la véritable nature, la richesse rend fort mais surtout avide et mauvais. Il évite, il ne veut pas, mais l’amour rend aveugle. Il va être convaincu par Patrizia, et c’est à ce moment qu’il atterrit dans le piège de sa vie.

L’ascension de la marque Gucci

A travers ce film métrage, comme je l’ai mentionné plus haut, il est question d’une ascension de personnalités mais aussi de la marque Gucci en elle-même. Après la guerre, l’empire Gucci se dessine. En 1970, Rodolfo Gucci, lance la signature verte rouge verte que l’on connaît plutôt bien, le foulard Flora présent dans le film, ou encore les mocassins à mors de cheval.  Il maintient une certaine posture de la marque. Certains sacs deviennent iconiques comme le Lady Dior, allant s’étendre jusqu’en Asie dans les années 1970. En 1980, un déclin est attendu notamment en raison des querelles familiales entre les frères Gucci. 

Lorsque Maurizio accède à la stature de patron, et s’affirme, ce qui sous-entend qu’il est le seul en tête de l’empire, il poursuit la lancée de Gucci et continue de respecter les codes, jusqu’à un certain moment ou il choisit de renouveler son ensemble. Par ici, il engage un tout nouveau styliste, et marque un nouveau tournant.

Cette métamorphose, est une réelle redécouverte et un succès. Toutefois, les ennuis s'accumulent dans cette famille, et la question de l’appropriation de l’entreprise fait surface. C’est ainsi que des dénonciations ont lieu, jusqu’au meurtre… Actuellement, la question que l’on se pose, ce n’est plus celle de la nomination de "House of Gucci" aux Oscars, mais plutôt de savoir combien de fois le film va-t-il être récompensé ?


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