22 septembre 2020
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Hulk : Critique

Dans la famille Super héros ressortis des abîmes pour cause de trauma collectif post-septembre 2001, je demande Hulk, le géant vert (ah ! ah ! ah !). Les super héros ne seront jamais trop nombreux pour rassurer la population américaine et renforcer l'idée d'une nation maître du monde protégée par les dieux modernes de la Puissance (Que la Force soit avec eux !).

Sauf que… comme souvent, derrière les blockbusters abrutissants parfois irritants et mauvais se cachent des messages moins proprets qu'il n'y paraît et des héros plus fragiles qu'on ne le pense. Hulk n'échappe pas à la règle et force est de constater que l'image du monstre vert qui hante l'imaginaire collectif est mise à mal dans cette version cinéma. Ang Lee, le réalisateur de "Raison et sentiments", "Ice Storm" et "Tigre et dragon", qu'on attendait sûrement pas dans ce registre, y est certainement pour quelque chose.

Car "Hulk", qui dure 140 minutes, prend le temps d'installer ses personnages et leur histoire personnelle. Même si "Hulk", par sa trame, n'est au final pas très passionnant, on s'intéresse volontiers à cette première partie. Malheureusement, dès que Hulk et les images de synthèse font leur apparition, tout s'effondre. On découvre, certes un super héros malheureux, névrosé, fragile, porteur d'un secret enfoui dans son inconscient, et qui ne contrôle pas son pouvoir, mais aussi un géant sans animosité, sinon contre l'armée et ceux qui veulent sa perte, Hulk apparaît comme une sorte d'"Elephant Man" vert et pacifique qui ne demande que la liberté et la paix.

On est pourtant bien dans le mythe du surhomme, qui allie grandeur (de corps et d'âme), puissance, intelligence, séduction, sans compter ses super pouvoirs. Seulement, muni de ces pouvoirs (qui lui permettent de voler, de bondir de canyon en canyon, de plonger dans l'océan depuis une hauteur de quelques kilomètres en ne faisant qu'un léger plouf, etc…) et d'un short bleu pudibond, "Hulk" frôle souvent le ridicule. Car Hulk est un mélange entre David Douillet et Shrek qui ne fait absolument pas peur.

On retiendra alors le message pacifique et anti-militariste : Hulk tord les chars de l'armée ; les dangers de la science au service du pouvoir et de l'armée sont amortis ; la peur excessive d'un pseudo-danger (Hulk le gentil) qui se traduit par une mobilisation extravagante de la nation américaine, notamment dans le désert (cela vous rappelle quelque chose ?…).

"Hulk" reflète donc à merveille les contradictions américaines de l'assurance et de la peur, de la puissance et de fragilité. La certitude d'être la superpuissance protectrice des nobles valeurs à l'échelle mondiale n'existe qu'à travers l'effervescence collective, qu'à travers ce sentiment commun de supériorité construit petit à petit à travers la peur de l'autre, de l'ennemi, de l'envahisseur (cf : "Bowling For Colombine"), démontrant s'il en est besoin, une fragilité sous-jacente qui verra peut-être un jour ce monde s'effondrer. 

Auteur :Alessandro Di GiuseppeTous nos contenus sur "Hulk" Toutes les critiques de "Alessandro Di Giuseppe"

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