19 septembre 2020
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Hulk : L’influence des rayons gamma

On pouvait légitimement afficher un léger scepticisme en se demandant comment un cinéaste comme Ang Lee s'y prendrait pour adapter "Hulk", une bande-dessinée de 1962, contant les aventures d'un titan verdâtre qui a ensuite inspiré une série télévisée à la fin de la décennie suivante. En effet, Ang Lee ne s'était distingué que dans la comédie dramatique à tendance intimiste et n'a été reconnu dernièrement à Hollywood que grâce à "Tigre & Dragon", son hommage aux films de sabre. Pour cette nouvelle version produite par Universal, la surenchère visuelle allait-elle être le mot d'ordre comme dans le piteux "Daredevil" ?

Fort heureusement, Ang Lee choisit de faire un compromis entre psychologie et action. "Hulk" se découpe ainsi en deux parties : durant la première, l'histoire opte pour une rapide exposition de l'enfance du héros et prend son temps pour installer les différents protagonistes. Ayant atteint l'âge adulte, Bruce Krenzler (il a été adopté entre temps) est devenu un brillant généticien en proie à des questions sur son passé trouble et sur son lourd héritage génétique.

Le long métrage cède ensuite dans sa deuxième au cahier des charges du blockbuster où l'action reprend ses droits lors de la chasse dans le désert en offrant son lot de morceaux de bravoure spectaculaires. L'imposante créature numérique fait face avec une violence inouïe à des chiens mutants boursouflés et tourne en ridicule l'armée américaine. A ce titre, certains plans renvoient aux plus belles planches du comics.

D'un point de vue graphique, les séquences de transformation miment quasiment celles du comic-book d'origine. La physionomie (calquée sur le visage d'Eric Bana et moins primitive que dans la BD) ainsi que la texture du personnage sont parfaitement intégrées aux décors réels. Celui-ci évolue dans des mouvements fluides et chose étonnante, son _expression faciale dégage même un air parfois pathétique. Par contre, on regrettera que la confrontation finale ne tienne pas ses promesses en se révélant quelque peu confuse. Outre les transitions et autres effets de style, la réalisation a recours pour la narration à l'utilisation de cadres où l'écran est divisé. Un principe certes intéressant qui rappelle le découpage des cases d'une BD mais qui peut devenir lassant à force d'être répétitif tout comme cet emploi récurrent de la couleur verte pour la photographie.

Le récit est ponctué de diverses trouvailles visuelles comme cette allégorie annonçant les prémices de la métamorphose et représentant le monstre qui attend son heure, caché derrière une porte entrouverte. Les thèmes comme la crise identitaire ou le dédoublement de personnalité sont effleurés de même que le conflit intérieur (suggéré lors d'une scène onirique devant un miroir) qui ronge le chercheur. L'intrigue esquisse toutefois une réflexion sur les dérives de la science mais s'attarde principalement sur la romance entre Bruce et Betty ou les relations complexes avec la figure paternelle. Celles-ci apportant à l'histoire ses quelques résonances de tragédie antique.

Les acteurs donnent un véritable relief à ces personnages issus du papier. Le couple maudit Eric Bana /Jennifer Connelly s'illustre avec talent, hissant leur interprétation au même niveau. On retiendra également la composition toute en ambiguïté de Nick Nolte (sans doute un clin d'œil à la série TV, il se prénomme David) en savant déchu mais aussi celle de Sam Elliott campant un général Ross plus nuancé que dans le comics.

Au final, "Hulk" édition 2003 demeure un divertissement de qualité qui alterne bonnes et mauvaises idées. Il ne devrait pas décevoir les fans de la première heure puisque le postulat de départ est réactualisé (du nucléaire à la génétique) sans que la nature du super-héros ne soit changée. Tout comme l'avait brillamment fait Kenneth Johnson en son temps, Ang Lee livre sa vision personnelle et esthétique d'un mythe âgé de plus de 40 ans.

Auteur :Fabien RousseauTous nos contenus sur "Hulk " Toutes les critiques de "Fabien Rousseau"

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