Critiques

Hunger Games : L’embrasement : Plus épique !

Joli coup de maître à Hollywood pour Lionsgate. Le studio, discrètement en train de s'installer dans la cour des grands, chaperonne un bébé qui monte en puissance. Il envoie un signe fort aux plus grands de ce monde. Avec "Hunger Games : L'Embrasement", la saga s'est hissée parmi ce qu'il se faisait de mieux en matière de franchise. Elle rejoint ainsi "Harry Potter" et ses penchants les plus excitants. En partant avec le désavantage de n'avoir que trois volets, quelques redondances et un univers que l'on croit assez limité. "Hunger Games : L'Embrasement" ne cache pas d'ailleurs pas ses défauts déjà entrevus dans un premier chapitre. Notamment l'identité visuelle aura clairement désarçonné bien des spectateurs.

Exit Gary Ross et ses caméras immersifs ! Bonjour Francis Lawrence ("Je suis une légende", "De l'eau pour les éléphants"), pour un style plus propre, épuré, mais aussi contemplatif. Clairement plus adapté à l'étiquette blockbuster, "Hunger Games : L'Embrasement" est un joli modèle de superproduction. A la fois intelligente, rythmée et métaphorique. Elle gagne en noirceur tout en retrouvant Katniss Everdeen (portée par une Jennifer Lawrence oscarisée dont on voit clairement qu'elle n'est pas passée par l'actor's studio) souillée par la honte d'avoir dû tuer pour s'en sortir.

Le riche Capitole la traîne désormais en héroïne. Notamment en mettant l'accent sur cette fausse (enfin pas tant que ça, évidemment) relation amoureuse entre elle et le naïf Peeta Mallark (Josh Hutcherson) dont le personnage n'a toujours pas pris une once d'intérêt, si ce n'est pas de susciter de la compassion. Mais le Capitole doit faire face à un nouveau phénomène (qui ne lui rappelle pas ses plus belles heures). Katniss est pour certains districts, l'incarnation d'un espoir. Celui d'une jeune fille qui a mis à genou le Capitole, en portant à sa bouche des baies empoissonnées à la toute fin des derniers Jeux de la faim.

Plus que jamais, "Hunger Games" raconte les manipulations du pouvoir. Le duel entre une adolescente rebelle et marginale. Cette dernière étant proclamée porte-drapeau d'une révolution qui sent la poudre (à tel point que la dimension christique de cette héroïne rare et précieuse, se fait plus insistant vers la fin) face à un Capitole qui se fait menaçant. Critique du monde du divertissement et des médias, d'une télé-réalité toujours plus excessive et scénarisée, ce sont tout autant de thèmes que "Hunger Games : L'Embrasement" décortique avec efficacité. La réussite étant sur ce scénario simplifié et joliment chaperonné par Suzanne Collins (l'auteure sur papier de la saga). Elle peut donc se féliciter de voir que le discours politique de cet "Hunger Games : L'Embrasement" (lutte des classes, naissances d'un martyr et d'un guide, ode à l'ultra consommation) s'est renforcé avec intelligence.

Du premier épisode lent et quelque peu niais, on est passé à un chapitre affichant sa maturité. Un chapitre 2 marqué par l'épreuve vécue par les deux complices. En fil conducteur, on continue à développer cette triangulaire romantique entre Gale (Liam Hemsworth), Katniss et Peeta. Sans que celle-ci ne prenne une dimension eau de rose. Le tout probablement à cause d'une vision de personnages quelques lissés. Ce sont donc les rôles secondaires qui prennent un relais intéressant. De Donald Sutherland (dans le costume d'un président fascinant) à Cinna (le costumier artiste de Katniss, joué par Lenny Kravitz).

Voilà qui n'a pas empêché la belle Jennifer Lawrence ne gagner en puissance. Plus que jamais face au parcours de l'actrice (oscarisée en février, star courtisée et archi surveillée par les gossips…), son personnage lui répond en écho. Notamment devant cette impossibilité pour elle d'afficher une opinion en public (et des sentiments amoureux). Toujours épiée, elle doit être modèle face à ses concitoyens. Tout comme Jennifer Lawrence se fait doucement le porte-flambeau d'une génération de jeunes stars. Des vedettes qui ne touchent pas au sexe et à la vulgarité facile pour vendre. Et quelle réussite !

Autre point fort de cet "Hunger Games : L'Embrasement" qui ne sent pas le réchauffé, c'est le rythme. La mise en place narrative est longue, le duo passant d'abord par le Victory Tour, avant de retrouver sans surprise l'arène, où cette fois-ci, les enjeux sont complètement différents et l'orchestration du rythme beaucoup plus mathématique. On gagne en vitesse, en fluidité, et l'intrigue ne s'en porte pas plus mal.

Au final, "Hunger Games : L'Embrasement" semble de toute évidence avoir gagné une dimension épique à laquelle le premier volet ne pouvait prétendre, même si l'introduction était loin d'être mauvaise. On en termine sur un plan final contenant toutes les rages accumulées par l'héroïne, et qui laisse imaginer une Révolte (découpée en deux parties pour encore mieux coller au livre et permettre à "Hunger Games" de bien marquer le box-office de son empreinte) en guise de conclusion parfaite.

Auteur :Christopher Ramoné
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