25 octobre 2021
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I, Robot : Sans prétention

Il a beau avoir la dégaine décontracté de Will Smith dans "I, Robot", Spooner, détective de Chicago, n'est rien de moins qu'un ringard : nous sommes en 2035 et lui, comme si de rien n'était, porte toujours des baskets « millésime 2004 » (tiens, des Converse), écoute de vieux classiques de la Motown et roule sur une moto à essence. Comble du conservatisme : Spooner exècre les robots. Comment donc ? Ces créatures inoffensives, qu'une puissante société bien copine avec monsieur le maire fabrique en masse, ne veulent pourtant que le bien-être des humains. Grâce à eux, plus d'éboueurs, plus de tâches ménagères, plus besoin de sortir le chien : Ils s'occupent de tout. Toutes les grand-mères aimeraient en gagner un à la loterie. Un vrai réac, ce vieux Spooner.

Au moment où le concepteur de ces aides-ménagers nouvelle génération est retrouvé mort, c'est logiquement Sony, un robot présent sur les lieux du crime, que Spooner désigne comme coupable. Ce qui n'est pas pour plaire pas à tout le monde. A commencer par la jolie spécialiste de l' « anthropomorphisation » des robots, convaincue de l'infaillibilité de ses machines. De son côté, troublé par les émotions affichées par le robot et l'apparition d'hologrammes de l'énigmatique savant disparu, Spooner s'interroge. Comme le fait judicieusement remarquer le lieutenant, « c'était mieux avant, quand des hommes étaient tués par d'autres hommes ».

Rien de nouveau sous le ciel plombé de 2035. "I, Robot" est un film d'été visiblement sans prétention qui marche sur des sentiers mille fois battus et nous ressert les thèmes - toujours valables mais éculés - du créateur dépassé par sa créature, de la naissance de la conscience de soi chez l'automate et de l'exploitation douteuse par l'homme de la technologie. Car, si vous croyiez que dans sa lente évolution l'homo sapiens sapiens finirait par développer un certaine éthique, vos espérances seront sont ici balayées : l'homme de 2035, toujours aussi cynique, plus mercantile que jamais, est prêt à tuer pour continuer à vendre sa quincaillerie (facile et sans tâches avec tous ces robots conçus pour faire le sale boulot).

Alors c'est vrai, avec son lot de rebondissements et d'interrogations (Spooner en serait-il ? Sony est-il sincère ? Mais quand donc vont-ils donc s'embrasser ?), "I, Robot" se laisse regarder. Mais on aurait aimé, pour une fois, que le détective ne soit ni aussi seul contre tous dans son combat pour la vérité, ni hanté par un envahissant traumatisme. On aurait aimé aussi que la jolie scientifique, sous sa blouse grise étriquée et ses cheveux sévèrement plaqués, soit un peu moins caricaturale. Que la caméra s'attarde moins sur le corps athlétique du héros (on sait, Will, que tu a incarné un boxeur) et évite les sempiternels ralentis aériens à la "Matrix" (désormais seule la Fiona de "Shrek" les rend supportables). Que la vision du futur proposée fasse preuve d'un peu plus d'inventivité : la conduite automatique (tiens, une Audi), la commande vocale généralisée, les gratte-ciels, ça va, on connaît. La faute peut-être au recueil de nouvelles d'Isaac Asimov, dont est inspiré le film : écrit en 1950, il est possible qu'il soit sur le plan platico-technique un peu daté. Mais les libertés prises avec l'histoire originelle auraient pu déboucher sur davantage de nouveautés dans la description des modes de vie, sans pour autant se détourner du sujet.

Comme dans tout blockbuster, le final est pompeux (« trouver sa voie, c'est ça être libre ») et désamorce l'intérêt de la perspective offerte : que fera Sony de la conscience qui lui a été donnée et du pouvoir de décision qui en découle ? Réponse en 2040 ou dans "I, Robot" acte 2... Il revient si la question vous taraude. Moi, en attendant, j'irais bien me regarder un petit Klapish. Bien le bonsoir !

Auteur :Jean-François Paré
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