16 octobre 2021
Critiques

Illusions perdues : La critique des critiques

Par Clara Lainé

N’est-ce pas délicat que de devoir réaliser la critique d’un film qui critique les critiques ? La mise en abyme est absolue. Difficile, dès lors, de vendre "Illusion Perdues" de Xavier Giannoli ou de causer sa ruine. Voir une histoire qui expose si crument la banalisation de l’art en tant que produit est censé nous passer l’envie de contribuer à la mécanique de cette machine infernale. Au moins pour quelques jours ! (Et quand bien même cette noble intention ne soit qu’une illusion...).

Média business

En effet, le libéralisme a institutionnalisé le trafic de l’opinion. Tant et si bien que le fait que la sphère médiatique s’apparente désormais davantage à un vaste business est entré dans les mœurs. Or, et c’est là le tour de force de "Illusions Perdues", la vie de Lucien dans la France du XIXème siècle résonne cruellement avec notre époque. Ce miroir qui nous est tendu a beau renvoyer un reflet de notre société peu attractif, force est de constater que le procédé est diablement efficace.

L’arrière-plan historique du scénario (doublé du fait qu’il s’agisse de l’adaptation cinématographique d’une œuvre d’un grand nom de la littérature - Honoré de Balzac pour ne pas le citer), permet la juste distance pour le spectateur. Ce dernier, du fond de son fauteuil, ne saisit pas d’emblée à quel point son monde à lui est visé par le récit de la vie de ce jeune poète. Un monde susceptible d’amener la presse à se trahir.

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Salomé Dewaels - Copyright Roger Arpajou / CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. - UMEDIA

Et, effectivement, les trahisons deviennent rapidement monnaie courante dans le quotidien de Lucien. Tout se vend. Tout s’achète. L’argent est roi. L’humanité peine à se faire une place dans cet océan de corruption. Pour autant, l’émotionnel finit systématiquement par rattraper les personnages. Même dans le cas du cynique Etienne Lousteau. Ce dernier finit par laisser entrevoir sa vulnérabilité à travers cette magnifique réplique : « Et pourtant, j’étais bon ».

Cocktail Molotov

"Illusions Perdues" est donc un cocktail incendiaire magnifiquement réussi entre manipulation (où chacun alterne entre le rôle de marionnette et celui de marionnettiste), philanthropie (souvent au moment où l’on s’y attend le moins) et asservissement (en deux heures et demie, on a largement le temps de comprendre que la liberté n’est qu’un leurre. Les mœurs sont, en apparences débridées, mais sont, dans la réalité, toujours assujetties à l’argent).

Le tout est porté par un casting de qualité et une esthétique exceptionnelle. La reproduction de Paris au XIXème siècle est au-delà du crédible. Rien d’étonnant lorsque l’on voit le générique défiler. On y apprend qui se cache derrière ces moyens démesurés. Xavier Giannoli a pu compter sur Curiosa Films, Gaumont, France 3 Cinéma, Canal+ et Ciné+, Umedia, via uFund et bien d’autres encore… Bref, autant dire que le budget final a dû en faire pâlir d’envie plus d’un !

Dans tous les cas, en tant que spectateur, seul compte le résultat ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est concluant. "Illusions Perdues" est à ne pas manquer ! Tant au niveau de la forme que du fond.



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