1 décembre 2021
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Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants : Masculin/Féminin

Inépuisable sujet cinématographique, le couple n'en finit pas d'inspirer nombre de cinéastes français puisque, avant de découvrir la semaine prochaine les affres du couple selon François Ozon dans "5x2", Yvan Attal nous offre avec "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants" (distribué par Pathé Films) une comédie sur le même thème où parfois le rire se teinte d'un voile de gravité qui lui sied parfaitement.

Après "Ma femme est une actrice", Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal, couple à la ville, incarne à nouveau un couple à l'écran. Cependant ici, le cinéaste délaisse quelque peu les rivages de l'autobiographie romanesque pour aborder le thème de la difficulté de vivre à deux sans renoncer à soi, de maintenir l'intensité du désir dans le couple, de construire ses propres règles dans une société qui n'en a plus beaucoup mais continue de jeter l'opprobre sur ceux qui veulent vivre autrement.

A travers un couple qui s'aime mais vacille (Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal), un couple au bord de la crise de nerfs mais qui ne peut se résoudre à se quitter (hilarante Emmanuelle Seigner et Alain Chabat) et un célibataire qui collectionne les conquêtes mais ne rêve que d'une vie de couple, le cinéaste passe en revue tous les cas de figure de la vie à deux sans se départir d'une légèreté virevoltante qui charme et séduit.

Pour cela, Attal alterne des scènes accrocheuses et drôles (ponctuées d'un B.O. parfaite où se croisent Radiohead, Pale Fountains ou Sparklehorse) où les hommes échangent sentiments et fantasmes en jalousant la liberté ou les contraintes de l'autre et des scènes nettement plus impressionnistes (rythmée par la musique de Brad Mehldau), dénuées ou presque de dialogues, où plane le sentiment que tout peut basculer sur un regard, un sourire ou une phrase assassine. Comme la jolie scène où Gabrielle ( Gainsbourg lumineuse) écoute de la musique au casque dans un magasin et remarque à ses côté la superbe incarnation de l'idéal féminin (je vous laisse découvrir de qui il s'agit) ; Là, en quelques secondes, un destin peut prendre une autre trajectoire pour peu que le désir se cristallise sur une rencontre et trouve un écho à la même hauteur.

Dans ce tourbillon des sentiments, Attal se garde bien de simplifier, cultive le sens du détail juste et parvient à esquisser tous les paradoxes de l'amour (peut-on aimer deux femmes en même temps ?) et de notre époque (la question des genres et de la place de l'homme et de la femme comme le démontre, par l'absurde, les querelles sans fin du couple Seigner/Chabat). Sans jamais oublier de saisir sur le vif ces instants de bonheur inoubliables ou ces moments de détresse inconsolables. Soit les signes d'une brillante comédie chorale, entachée parfois d'un soupçon de virtuosité ostentatoire (la scène du restaurant où la femme et la maîtresse se retrouvent côte à côte sans le savoir) ou de complaisance satisfaite (la scène du cinéma où Vincent joue le chevalier protecteur).

"Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants" est une variation douce-amère sur le couple, probablement la dernière grande aventure de notre siècle, où Yvan Attal nous parle de confiance, de dignité, de fidélité, de respect mais aussi de suspicion, de lâcheté, de trahison et de mépris. Bref, l'ordinaire de chacune de nos vies sentimentales.

Auteur :Patrick Beaumont
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