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In The Air : Décevant

Auréolé par le succès surprise, mais non moins mérité, de "Juno", Jason Reitman est devenu la coqueluche du cinéma indépendant aux Etats-Unis. Après ce voyage dans le teen-movie le réalisateur revient avec "In The Air" à un sujet plus proche de son premier film, "Thank you for smoking", qui l'avait révélé en 2005 et dans lequel il s'attaquait aux lobbies à travers un très bon film et une critique acerbe du pouvoir de la communication.

Dans "In The Air" ce sont encore les grandes entreprises qui vont en prendre pour leur grade avec un scénario construit autour de Ryan Bingham spécialiste dans le licenciement qui parcourt le pays pour virer les employés des entreprises qui ont fait appel à ses services. Un pitch de base qui s'annonce plus que prometteur et encourageant lorsque l'on sait ce que Jason Reitman avait déjà put créer sur ce type de scénario.

Comme dans tout ses films le générique d'introduction est totalement génial et permet l'immersion assez rapide dans l'histoire grâce ici à tout ces plans aériens annonçant bien cette idée de voyage. Ryan Bingham, joué par George Clooney encore une fois irréprochable, est tout aussi rapidement mis en place. Solitaire aimant être constamment sur les routes afin d'avoir le moins d'attaches possibles, et dont le but est d'atteindre un maximum de points fidélités grâce à ses déplacements. Un homme donc qui est, à première vu, assez insensible et qui semble parfait pour son job. Alors que les années d'expériences dans son domaine semblent le suivre, une nouvelle employé de sa boite, fraichement sortie d'une école de commerce, tente de tout révolutionner grâce à des licenciement par vidéo-conférences qui permettraient de diminuer les frais de transports. Opposé à cette nouvelle décision Bingham décide d'emmener la jeune première en voyage pour lui montrer ce à quoi ressemble vraiment son métier.

Avec ce duo de personnage Reitman arrive bien à mettre en opposition deux visions de la vie. D'un côté Ryan Bingham qui fait presque figure de vieil ermite pour qui son métier est un art avec des manières de faire et encore garant d'un ancien monde qui se voulait plein de valeurs morales et de respect sans pour autant hésiter à jeter les gens à la rue. D'un autre côté la jeune Nathalie Keener, symptôme d'un monde décomplexé où tout est rationalisé afin d'être le plus efficaces possible sans pour autant prendre en compte d'éventuels dommages collatéraux.

Aucune de ces deux positions n'est défendue par le réalisateur et elles sont même fortement critiquées. On a le choix entre un système qui vous vire, mais avec le sourire, et un qui vous vire de façon honnête et sûrement plus brutale. Cependant le propos émis par le cinéaste sur notre époque, car "In The Air" est bien un film de la crise, s'arrête là et s'en retrouve très limité. Le film prend souvent la facilité de ne faire qu'enchaîner les séquences de licenciements et on se retrouve dans la situation où ne peut même plus s'attacher aux licenciés dans le sens où l'on ne connait rien d'eux. Il est presque même facile d'adopter le point de vue, plus que controversé, des protagonistes principaux tellement les employés qu'ils ont à virer semblent sans histoire et donc insignifiants.

En présentant également le personnage de Ryan Bingham comme quelqu'un rongé par sa propre solitude, Jason Reitman choisit même presque la solution la plus conventionnelle et en devient presque mielleux. En gros, comme il licencie des gens, c'est un méchant monsieur donc il est obligé de passer sa vie dans la solitude. Même malgré l'interprétation sans faute de Clonney, le personnage peine à avoir de la profondeur et ce n'est pas avec la trame parallèle qui apparaît dans le film concernant le mariage de sa sœur que cela change.

Une fois la première partie du film finie l'idée d'un film social ou, pour utiliser un gros mot, contestataire, est totalement abandonnée pour que "In The Air" prendre la forme d'une comédie romantique. Cette seconde partie du film, loin d'être ennuyante, résume à elle seule à quel point le film passe à côté de son sujet. Celui-ci devient alors l'archétype de la comédie romantique qui va émouvoir toutes les groupies de Clooney qui ne seront absolument pas choquées par l'absence de fond dans tout le film. Même dans cette exercice rien de bien transcendant n'en ressort. On a le droit à un drame romantique de base servi par une belle gueule et qui doit bien faire attention de ne pas trop développer un discours hors-normes sous risque de voir une bonne partie du public disparaître.

Finalement, "In The Air" n'est absolument pas le film sur la crise que l'on attendait. Ce n'est même pas un grand film comme il a été annoncé. Il est même assez difficile de comprendre la pluie de nominations aux Oscars et Golden Globe dont il bénéficie. Jason Reitman reste bien sûr dans son registre du cinéma américain indépendant qui ne manquera pas de convaincre tout les fans de "Litttle Miss Sunshine" et compagnie. Même si l'expérience est loin d'être insurmontable on ne peut ressortir de "In The Air" qu'avec une petite pointe de déception car pour le coup le réalisateur n'avait pas grand chose à raconter.

Auteur :Florent Capoen
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