21 janvier 2022
Critiques

In the Mood for Love : La critique du film

Par Alexa Bouhelier Ruelle


La trahison est au centre du classique de Wong Kar-Wai, "In The Mood For Love", réédité en 4K pour son vingtième anniversaire, et dont une nouvelle sortie dans les salles obscures est prévue pour le 21 juillet 2021. Une trahison qui ronge les relations des deux personnages principaux.

Hong Kong, 1962. M. Chow, rédacteur en chef d'un journal local, et Mme Chan, secrétaire de M. Ho, emménagent avec leur conjoint, le même jour, dans des appartements voisins, le premier chez M. Koo et la seconde chez Mme Suen. La femme de M. Chow est souvent absente et le mari de Mme Chan est fréquemment parti à l'étranger. Très vite, ils vont comprendre que leurs conjoints respectifs entretiennent une relation amoureuse adultère en secret...

Comme on peut le constater ici, le scénario du film est plutôt simple : un homme et une femme déménagent dans le même immeuble surpeuplé et très vite se rendent compte que leurs époux respectifs ont une liaison. Alors ils développent tous deux une romance particulière qui devient rapidement la rampe d’accès à une réflexion plus profonde. "In The Mood For Love, c’est un film d’amour, certes, qui touche à des thèmes comme la trahison, le manque, les actes manqués, la mémoire, la brutalité du temps qui passe et la solitude.

Une histoire simple

Après leur rencontre, toute personne ayant vu au moins un film romantique dans sa vie peut comprendre que ces deux honnêtes personnes, aux cœurs brisés, sont en train de tomber amoureux l’un de l’autre. On comprend aussi pourquoi ils ne devraient pas se laisser aller à ce sentiment. Ils dansent presque l’un autour de l’autre, se cachant derrière le comportement de leurs époux. « Je me demande souvent ce que je serais si je n’étais pas marié, » déclare-t-il. « Peut être heureux. » répond-elle. Il n’y a aucun futur pour Chow et Su, juste un secret murmuré et une histoire jamais racontée.

Les acteurs Cheung et Leung étaient les plus grandes stars du cinéma asiatique à cette époque. Leur duo semble alors incongru tant nous avons l’habitude de les voir de l’autre côté loin d’une histoire comme celle-ci. Une histoire qui, dans une version Hollywoodienne, nous présenterait une fin heureuse entre Meg Ryan et Tom Hanks ; ce qui passerait à côté du message principal de "In The Mood For Love".

C’est justement cette tension qui s’accumule petit à petit, qui rend unique "In The Mood For Love, un film où les chemins se croisent souvent, mais pas les intentions, et où des pensées sont dites maladroitement ou au mauvais moment. Au lieu de demander aux spectateurs de s’identifier aux personnages, Wong Kar-Wai leur demande d’avoir de la sympathie pour eux, une tache bien plus importante et complexe.

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Maggie Cheung et Tony Leung Chiu Wai - Copyright The Jokers / Les Bookmakers
Tapis dans l’ombre

Avec une portée délibérément restreinte, "In The Mood For Love  laisse de coté une partie de l’histoire. On ne voit jamais les époux de l’un ou de l’autre, seul leur impact sur le couple trahi se ressent au fil de cette relation ambigüe qui se développe. Est-ce qu’ils choisissent simplement de ne pas aller plus loin ensemble ? Ou attendent-ils tous deux que l’autre fasse le premier pas ? Avec toutes ces décisions déchirantes et coïncidences qui les séparent, leur relation aura-t-elle même eu un avenir ?

Une chose est sure, cette musique hypnotique, maintenant devenue légendaire, elle, est bel et bien au centre de cette romance. Telle une valse, son rythme est lent, sa mélodie traduite par un solo de violon nous enveloppe dans une mélancolie soudaine de quelque chose que nous aurions perdue. Une mélodie qui revient au fur et à mesure du film, comme une danse avec les souvenirs. "In The Mood For Love" pourrait se résumer à cette musique : 98 minutes de nostalgie mélancolique.


Puisant dans ses souvenirs des années 60 à Hong Kong, Wong Kar-Wai créé un univers telle une peinture, à la fois glamour et abrasif. Ceci, avec l’aide de ses directeurs de la photographie Christopher Doyle et Mark Lee-Ping qui plonge "In The Mood For Love dans une lumière jaune tamisant d’étroits couloirs où les personnages se croisent et s’effleurent dans un ralenti quasiment imperceptible. Une valse qui revient encore et encore telle une pensée interdite qui ne quitte pas notre mémoire. On pourrait croire que les personnages l’entendent eux aussi.

Même si Michael Galasso est crédité pour cette musique, la mélodie originale a été composée par Shigeru Umebayashi pour le film "Yumeji" en 1991. Alors que la caméra s’arrête sur les visages fatigués des deux personnages principaux, cette mélodie semble traduire les non-dits : je souffre, je te désire, je suis seul. Avec cette répétition incessante, qui semble cependant nouvelle à chaque fois, la musique devient alors le troisième personnage dans ce triangle amoureux.

Entre des mains moins expérimentées, le troisième acte de "In The Mood For Love", lorsque Chow chuchote ses regrets aux vieilles pierres d’un temple cambodgien avant de les enfermer à tout jamais dans ses murs en ruines, pourrait sembler absurde et complétement mélodramatique. Toutefois, Wong Kar-Wai en fait une scène déchirante. A la fois sensuel et bouleversant, le film illustre ce sentiment de solitude et de désirs inassouvis comme aucun autre à travers de sublimes visuels, un cadre parfait et une slow-motion traduisant toute la beauté et la fragilité de cette histoire d’amour.

"In The Mood For Love  opère entre intuition et instinct, ouvrant chaque scène à une certaine intemporalité. C’est, par-dessus tout, une romance, qui subsiste dans notre inconscient, bien plus longtemps qu’aucune autre histoire d’amour auparavant.


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