15 septembre 2019
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Inception : On reste sceptique

"Inception" rime-t-il avec exception ou avec déception ? Les deux, mon capitaine. Virtuose et savamment emmêlé, le dernier Christopher Nolan est pourtant son film le plus faible parce qu'il sacrifie son beau dispositif à des fins principalement sentimentalistes et à un registre travail-famille-patrie assez réducteur.

Si la comparaison avec "Matrix" est inévitable, une autre référence s'impose, moins évidente a priori : thématiquement, le film se rapproche de "Shutter Island", les personnages joués par Leonardo DiCaprio se répondant de façon assez troublante.

S'ils sont animés par de grandes responsabilités, on ne tarde pas à apprendre à quel point ces hommes ont été marqués par d'épaisses tragédies familiales qui, consciemment ou non, ont modifié leur perception du monde.

Sauf que là où le roman de Dennis Lehane et le film de Scorsese utilisaient le drame personnel comme un moteur tragique, Nolan en fait une clé de voûte d'autant plus dommageable qu'elle est loin d'être aussi intéressante.

Pour résumer, si le héros d'"Inception" est à ce point fasciné par les rêves, c'est parce qu'ils lui permettent de retrouver sa femme disparue et ses enfants qu'il ne voit plus.

Le cinéaste a beau être assez intelligent pour ne pas tenter de nous tirer les larmes, le résultat est là : on attendait un grand et beau drame onirique sur fond de thriller, et on se retrouve avec un polar efficace et bien foutu mais pas aussi transcendant que prévu.

Ne nous fâchons pas : "Inception" n'en demeure pas moins le film le plus intelligent de l'été, Nolan ayant concocté une promenade labyrinthique dans les méandres de nos esprits.

Brillante idée que d'avoir mis en parallèle science des rêves et conception architecturale pour montrer que l'être humain fonctionne par couches, comme un gigantesque oignon qu'on n'en finirait plus de peler.

Visuellement, l'idée marche à pleins tubes : voir une ville s'enrouler sur elle-même ou se métamorphoser à la suite de micro-implosions multiples a quelque chose d'éminemment stimulant et renverrait presque le ténébreux "Dark City" dans les cordes.

C'est ce qu'on appelle un film pensé et repensé, à la construction sans doute incontestable (mais il faudrait le voir plusieurs fois pour en être certain) et qui fait judicieusement appel aux neurones du spectateur.

Celui-ci peut légitimement se perdre çà et là mais finira par retomber sur ses pattes, principalement parce que le but de Nolan n'a jamais été d'écraser le public sous le poids de sa propre malice.

Le personnage le plus intéressant d'"Inception" est sans doute celui qu'interprète Ellen Page, jeune architecte qui découvre en même temps que nous les principes et les méandres de ce principe d'infiltration de l'esprit.

Elle est le personnage le moins rompu aux usages et au jargon de l'ensemble, donc un guide plein d'esprit critique à travers cet univers complexe en diable où il n'est pas rare d'avoir à faire à un rêve dans le rêve dans le rêve.

Une mise en abyme qui n'est pas bêtement utilisée comme un twist mais renforce la structure de cette intrigue en forme de dédale, où l'on saute parfois d'un niveau à un autre en une image à peine.

Voilà un film relativement inépuisable, mais dont il y a finalement assez peu de choses à tirer si ce n'est que rien n'est plus beau que le visage d'un enfant, que l'amour c'est mieux à deux et que le père le plus sec en apparence cache souvent un papa aimant qui a gardé avec lui le vieux moulin à vent de votre enfance.

De la part du giga cerveau d'Hollywood, tous ces babillages laissent un tantinet sceptique.

Auteur :Thomas Messias

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