Critiques

Insaisissables : Un goût amer dans la bouche

Par Axel Dauvergne


"Approchez. Regardez de plus prés. Car plus vous vous concentrez, plus il sera facile de vous duper." L'introduction même du film "Insaisissables" donne le ton. Ce que vous allez voir n'est pas un film. Plutôt une grande illusion. Un tour de magie magistralement orchestré par Louis Leterrier. Ce dernier qui nous a pourtant habitués à bien mieux. Ne vous y méprenez pas ! J'ai énormément de respect pour le monde des illusionnistes et autres prestidigitateurs. Pourtant, ce n'est pas un don que j'apprécie chez un réalisateur. Mais ne vous inquiétez pas. Le tour est aussi impressionnant qu'il est simple.

Tout d'abord, il vous faut la crème des crème des rabatteurs. Dans le cas présent, une bande-annonce qui n'en dévoile pas trop. Elle est capable de faire croire à un peu tout et n'importe quoi. Ensuite, il vous faut une bonne distraction. Commencez par des petites étincelles pour mettre votre public en haleine. Pour cela prenez la crème des acteurs en vogue en ce moment. Par exemple, un Woody Harrelson plus calme qu'à l'accoutumée. Placez le aux cotés à nouveaux de la star montante Jesse Eisenberg. On ajoutera une touche glamour parfaitement remplie par Isla Fisher. Le tout sera rehaussé par touches aléatoires par le tout jeune frère de James (Dave Franco). A cela, et pour que la distraction soit totale, on rajoutera quelques effets pyrotechniques.

Qui plus est, pour faire bonne mesure, on sollicitera pour "Insaisissables" des monstres du 7ème art tels Morgan Freeman et Michael Caine. Puis, des stars du moment comme Mark Ruffalo (qui fait bien attention à ne pas s'énerver). Enfin, une touche internationale pour faire un peu plus intello, avec une Mélanie Laurent qui agacera souvent par un accent français bien trop forcé et même une petite apparition de José Garcia, qui donne l'air de s'être trompé de plateau. Un casting conçu comme une vraie arme de séduction pour tous les publics. Malheureusement, on constate quelques bémols. Un Dave Franco quasi inexistant (et franchement sans saveur); un Morgan Freeman bien en dessous de ses capacités; un Michael Caine sporadique. En définitive, le casting se révèle n'être rien de plus qu'une distraction.

Deuxième règle du bon illusionniste, garder le public occupé. En effet, le principe est de garder l'attention du public grâce à un speech bien travaillé et soutenu et des mouvements rapides des mains pour lui faire manquer le gros du tour. Un exercice auquel Leterrier est habitué, avec des films à haute tension comme le "Transporteur" ou "L'Incroyable Hulk". Dés l'introduction, "Insaisissables" s'ouvre avec un rythme plus que soutenu, qui ne redescend que très rarement et seulement pour se relancer de plus belle dans un bouillonnement d'action pure. Chaque scène est étudiée pour réduire au maximum les temps morts, que ce soit en rajoutant des touches d'humour ou en multipliant les plans rapides.

On saute tout ce qui fait redescendre la pression, quitte à dégraisser un peu le scénario (pas que ce soit très utiles ces petites choses là), tout en rehaussant le tout avec des effets spéciaux en veux tu en voila, quitte encore une fois à enlever de la crédibilité à la scène (vous êtes venus pour du spectacle non ?). Un rythme qui finit par perdre un peu le spectateur, pour l'amener exactement là où le film veux qu'il soit : en position de se dire "oui, pourquoi pas", même lorsque là scène est totalement improbable. Cela dit, une fois que l'on comprend la logique interne du film, à savoir qu'il faut se méfier des apparences et que le film lui même est une espèce de gros tour de magie, on fini par voir bien vite les ficelles du film, assez grosses pour amarrer des chalutiers, et tout le tour tombe à l'eau.

En effet, quand on prend du recul, qu'on prend le temps d'étudier le tour dans son ensemble, de découvrir le fil dans la manche ou le miroir au fond de la boite, on se rend compte qu'on a été dupé. Derrière un casting irréprochable et de belles images, le scénario, qui pourtant restait assez original et commençait avec plusieurs points intéressants, fini par s'écailler au fur et à mesure, entre des scènes de moins en moins crédibles et des rebondissements qui tiennent du Deus Ex Machina.

Tout cela en prenant en compte les faux rebondissements que l'on voit poindre à cinquante kilomètres à l'avance. Et bien vite on crie au scandale, à l'escroquerie. Leterrier arrive, avec un brio que je ne lui retire pas, à nous faire croire que l'on regarde un vrai film, avec des scènes crédibles et un scénario qui tient la route jusqu'au bout. Malheureusement, et comme pour tous les tours de magie, le tour perd tout son attrait une fois le truc révélé. Alors "Insaisissables" laisse un gout assez amer dans la bouche. Surtout avec l'attente qu'il aura suscité.

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