16 septembre 2019
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Inside Man – l’homme de l’intérieur : Critique n° 1

Jeu de cache-cash entre flics et braqueurs.

On connaît Spike Lee, cinéaste engagé dans la défense des droits des noirs Américains. Malcolm X est, à ce titre, l'un de ses tout meilleurs films. On connaît moins Spike Lee, cinéaste de genre. Avec Inside man, il s'attaque au braquage, sujet emprunté par les grands noms du septième art. Parmi eux, Sydney Lumet, auteur du chef d'œuvre Un après-midi de chien, sorti en 1976.

Si Spike Lee avoue un attrait tout particulier pour cette histoire, ce n'est pas un hasard. Son Inside man s'en réclame. Pas au niveau du récit. Au contraire, les scénarios auraient même tendance à se tourner le dos. Chez Lumet, Al Pacino est un braqueur malheureux dont le plan s'effondre à peine le seuil de la banque franchi. Chez Spike Lee, Clive Owen est à la tête d'une bande de malfaiteurs plutôt doués. L'attaque est rondement menée, sans violence ou presque. Une fois dans le hall, l'équipe, déguisée en peintres en bâtiment, neutralise les caméras de surveillance et distribue des combinaisons semblables aux leurs. Tout le monde devient suspect pour le détective Frazier, campé par le plus fidèle collaborateur de Spike Lee, Denzel Washington.

Là est tout l'enjeu du film, tel que l'annonce l'affiche du film : les apparences sont parfois trompeuses. Comme dans Un après-midi de chien (Al Pacino finit par recueillir la sympathie des badauds amassés devant la banque), les frontières entre bien et mal s'effacent. Spike Lee prend à rebours les codes du film de braquage. Il évite de créer l'habituel confrontation entre flics et voyous. Chaque personnage a sa part d'ombre, une part qui s'éclaire (en partie) à mesure que les spectateur découvre les recoins du film, à mesure que le puzzle judicieusement mélangé reprend forme.

L'aspect éclaté du récit n'affecte heureusement pas la narration. Souvent, les réalisateurs multiplient les flash-backs, les retournements de situation pour donner l'illusion d'un scénario complexe et donc travaillé. Dans Inside man, le récit se fait simplement. Il est d'autant plus difficile, pour le spectateur, de découvrir les indices qui permettent de passer de l'autre côté du miroir, derrière les apparences. Car le récit emporte le spectateur, le force à débrancher ses neurones.

Inside man est un polar plein de suspense et de mystère qui déroule ses deux heures sans aucune peine. Pas d'esbroufe. Juste une réalisation des plus classiques, agrémentés de quelques travellings audacieux qui permettent à Spike Lee d'imposer sa patte. Et d'exploiter tout le talent de ses acteurs, Jodie Foster en tête, une nouvelle fois convaincante.

Réaliser un film de genre n'éclipse pas la fibre politique de Spike Lee. Il glisse dans son scénario quelques allusions à un contexte politique américain tendu. Les tensions entre les différentes communautés sont encore au cœur de son cinéma. Noirs, sikhs, latinos cherchent à vivre au côté des blancs sans que les mots terroristes ou voleurs leur collent à la peau. On connaît Spike Lee, cinéaste engagé dans la défense des droits des noirs Américains. On connaît Spike Lee, cinéaste de genre. Inside man est la preuve que les deux peuvent faire bon ménage.
Auteur :Matthieu Deprieck
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