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Insomnia : Inutile remake

Christopher Nolan signe ici son troisième film après s'être fait remarquer sans tapage excessif par deux excellents polars atypiques, "Following" et "Memento". Il s'attèle ici avec "Insomnia" à un remake. Pour ceux qui, comme c'est mon cas, ont vu les deux films, il est inévitable de balancer entre deux avis. Soit encenser ce polar américain, pas novateur mais qui résolument veut offrir quelque chose de nouveau. Soit, à l'aune du film norvégien original, s'offusquer de l'édulcoration incroyable qu'a subi le propos premier du scénario… Il faut dire que l'Insomnia norvégien poussait très loin le jeu d'identification réciproque entre l'enquêteur et le tueur, au point de faire passer "La Corde Raide" de Clint Eastwood pour un épisode du manège enchanté. Même si Clint (notre histoire d'amour cinéphilique dure depuis tellement longtemps que je me permets de l'appeler par son prénom) parvenait à entretenir l'ambiguïté de son personnage de flic avec brio.

Ici, la comparaison dessert malheureusement le film de Nolan, dont on sent qu'il a dû se plier aux schémas pré-établis du scénario hollywoodien. S'il a pu s'en écarter parfois (c'est ce qui rend le film inhabituel et intéressant par certains aspects), on a très vite conscience que des limites ont été fixées qu'il ne pouvait dépasser. Or ces limites avaient été allégrement piétinées par le réalisateur norvégien du premier "Insomnia" qui réussissait le tour de force de nous présenter un film épuré mais lourd, un film d'une noirceur absolue sans une seule scène de nuit, un personnage auquel on s'identifiait pour découvrir petit à petit toute la pourriture profonde…

Bref le premier "Insomnia" était une expérience inhabituelle et aussi enthousiasmante qu'éprouvante… Alors que dans l'"Insomnia" de Nolan, le flic est ambigu, certes, mais là où le trouble, le malaise surgissait des tréfonds mêmes de l'inspecteur suédois travaillant en Norvège, ici le pauvre Pacino est victime de facteurs externes… Ce n'est jamais vraiment de sa faute… Si identification il y a avec le tueur, elle naît plus d'une relation proche du chantage qui s'instaure entre Al Pacino et Robin Williams, alors que l'inspecteur suédois et le tueur norvégien se découvraient littéralement des affinités troublantes…

Il est clair que sans la vision de l'original, l'appréciation de ce film serait toute autre. On pourrait se réjouir des audaces scénaristiques et esthétiques de Nolan, on pourrait y voir un film américain qui tranche avec la production classique hollywoodienne (et c'est le cas). Mais comment ne pas y trouver un parfum éminemment consensuel quand l'inspecteur suédois du film original tripote une jeune témoin, essaye de sauter la réceptionniste de l'hôtel, butte froidement un chien dans la rue, et cache lui-même une arme chez un innocent pour le faire accuser ? Une fois de plus, et à l'heure où l'on parle de remakes américains de "Ring" (?) et de "Kaïro" (??) ce qui, personnellement, me fait bondir, on prend conscience de toutes les limites si ce n'est du caractère totalement vain de ce genre d'exercices.

Auteur :Benjamin Thomas
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