Critiques

Interstellar : Marquant !

Cette fois ci, on y est. "Interstellar" est enfin en salle. Dire que ce film était attendu est un euphémisme. D'abord parce qu'il s'agit d'un film de Christopher Nolan et ensuite vous aurez sans doute remarquer les moyens marketing mis en œuvre. Qu'en est il au final ? Réponse.

Commençons par le commencement. Depuis plusieurs années, le nom de Christopher Nolan s'accompagne d'un certain aura. Sa trilogie sur l'homme chauve souris y a notamment contribué. Pour ceux qui ont de la mémoire on peut aussi citer "Inception", "Le Prestige" ou "Memento". Autant de films exigeants, avec des scénarios parfois complexe, qui ont donné une certaine renommée au réalisateur britannique. Qu'il soit apprécié ou dénigré, le réalisateur a toujours eu le mérite de donner une certaine envergure à ses films. Le plus souvent par des choix fort dans le scénario, la mise en scène, où le casting.

Avec "Interstellar", il fait là aussi des choix qui marquent bien sa signature. A commencer par la durée du film, avec près de 3 heures d'une aventure spatiale. Un thème qu'il n'avait encore jamais exploiter et il prend donc le temps de bien faire les choses. En premier lieu, il prend soin de ne pas faire de l'espace, un élément important du film. C'est en effet le premier choix majeur de Christopher Nolan. Privilégié l'humain à l'espace. Un certain film de Alfonso Cuaron est passé par là et ça se sent. Difficile de passer après la claque "Gravity" quand il s'agit de faire un film qui se passe dans l'espace. C'est donc sur un voyage humain que s'angle le scénario de "Interstellar". Le voyage d'un père qui doit partir dans l'espace pour essayer de trouver une nouvelle terre promise pour ses enfants.

Si la science est forcément bien présente dans ce film, elle ne sert que comme faire valoir, comme instrument à l'expression de la nature humaine. Il ne faut donc pas s'attendre à du spectaculaire ou de l'héroïsme. La place est faite aux émotions. C'est ce qui se dégage le plus de ce long métrage. Christopher Nolan centre son récit sur ses personnages et leur évolution à travers les émotions. Si le pathos n'est parfois pas très loin, le spectateur n'est jamais pris en otage, il voyage à son gré en s'attachant aux personnages. A tel point qu'au final le destin de la terre s'oublie assez vite et l'on se préoccupe plus de ce père qui garde espoir alors que sa famille voient les années passées et leurs espoirs de redevenir une famille se réduire à néant.

Cette part d'émotion ne peut être efficace que si de bons acteurs la transmette aux spectateurs. Comme souvent, Christopher Nolan fait preuve de cohérence dans son casting. L'allure burinée de Matthew McConaughey va particulièrement bien à son personnage d'ingénieur désabusé redonnant un sens à sa vie en endossant le rôle de pionnier. Le choix de cet acteur marque bien cette volonté d'avoir un comédien capable de faire passer les émotions avant d'être un action man. Un choix que l'on retrouve aussi dans les autres rôles avec les présences de Anne Hathaway, Jessica Chastain, Casey Affleck ou encore le trop rare Michael Caine. Un casting de haut vol avec quelques autres acteurs bien connus qui font des apparitions et dont il faut se laisser surprendre. Et un casting qui répond parfaitement à cette dominante d'émotivité qui s'avère nécessaire pour contrebalancer la complexité du scénario.

C'est une habitude chez Christopher Nolan. Le fameux scénario est à puzzle et "Interstellar" ne déroge pas à la règle. Il laisse à son public la liberté d'interpréter certains éléments du récit, quitte à tomber dans l'ellipse plus ou moins volontaire. Une fois de plus le cinéaste britannique prend le risque de la complexité. Il refuse de la sacrifier sur l'autel de l'action ou du spectaculaire.

Voilà qui explique aussi la durée du film. Il prend d'abord soin de planter les personnages et non le décor dont il a la bonne idée d'épargner aux spectateurs les discours moralisateurs des humains qui détruisent leur planète. A grand renfort de musique (une habitude là aussi), le réalisateur s'attache à donner à son récit une dimension poétique associé au mystère d'une aide venue d'ailleurs. Ajoutez à cela l'importance donné à l'unité de temps et vous arriverez dans un final en cinq dimensions grâce au concours d'un trou noir.

Si ce final met une nouvelle fois les personnages et leur relation en évidence, son réalisme est réellement sacrifié. Utiliser le trou noir comme ressort scénaristique permet toutes les possibilités. Un raccourci bien facile pour amener à la conclusion voulue du film. Toutefois, ceci a le tort de rendre le scénario moins cohérent qu'il ne l'était au départ dans une approche factuelle. Comme s'il voulait souligner par ce choix, une fois de plus, que la science n'est, ici, au service que de la puissance de l'histoire.

"Interstellar" marque donc par son récit centré sur ses personnages. Mais aussi sur l'émotion qu'ils véhiculent. Un objectif atteint grâce à de très bons acteurs qui parviennent à faire passer l'obstacle de la complexité du scénario et du manque de rythme qui en découle. Ce dernier qui s'étale au final sur trois heures qui semblent ne durer que 90 minutes. Sans doute une histoire de dimension ou de distorsion temporelle. A moins que ce ne soit le signe d'un film de très grande qualité.

Auteur :François Bour
Tous nos contenus sur "Interstellar" Toutes les critiques de "François Bour"

ça peut vous interesser

Loin du périph : Le choc des poulets

Rédaction

Hommes au bord de la crise de nerfs

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 16 avril 2022

Rédaction